LECTURES — MARS/AVRIL 2010
Défense de l’art imprimé et liberté d’afficher — VilleurbanneÉmilie Pellissier, 26 février 2010
L’URDLA,
Centre international de l’estampe et du livre, inaugure sa trente-deuxième année d’existence avec
Violences actives, une présentation qui regroupe la majorité des productions issues de ses ateliers en 2009
(1).
Outre la première presse lithographique qu’elle a sauvé
(2), cette association rassemble aujourd’hui des ateliers de gravure en taille-douce – avec une presse spécialement fabriquée pour elle par l’atelier de Saint-Prex, près de Lausanne –, de gravure en relief ou taille d’épargne et de typographie. Trois grandes presses historiques, dont la plus ancienne est une presse à bras qui date de 1895, ainsi que des pierres lithographiques centenaires, y sont utilisées et entretenues. Installée à Villeurbanne depuis 1986, son équipe a su développer l’un des plus importants centres de création d’estampes originales mais aussi de multiples et de livres
(3) existant en Europe. L’URDLA sélectionne environ une quinzaine d’artistes par an, dont il souhaite soutenir le projet et suivre le travail. Il les accueille, prend en charge l’ensemble des coûts liés à la production, puis partage avec eux à part égale le nombre d’exemplaires tirés de chaque œuvre. Il conserve un de ces tirages en archives, qu’il montrera lors d’expositions dans ses murs ou à l’extérieur, et vend les autres. Sa politique en terme d’édition d’estampes ayant toujours été de ne se vouer à aucune école, l’URDLA a travaillé avec des créateurs de toutes origines, tant sur le plan géographique qu’esthétique. Parmi ceux qui ont été reçus, on retrouve des représentants de grands mouvements tels que Fluxus, la
Figuration libre ou
Support Surface (4), mais aussi d’autres graveurs ou, plus largement, plasticiens, dont la pratique est restée confidentielle.
L’ouverture défendue par Max Schoendorff, fondateur et actuel président de l’association, et Cyrille Noirjean, son directeur depuis 2005, se reflète dans l’accrochage de la récolte 2009. Un florilège contrasté et voulu comme tel, qui met en valeur la pluralité des approches possibles du médium de l’estampe en juxtaposant des œuvres formellement disparates. Dix artistes, nés entre 1937 et 1976, y sont représentés, certains par une seule œuvre, d’autres par des ensembles saisissants. On retient notamment celui formé par la dernière linogravure de Fabrice Gygi et deux plus anciennes de même format (2 mètres par 1 mètre 10) dont la force tient dans leur minimalisme : de grands aplats de noir sur lesquels se détachent des éléments figuratifs aux formes géométriques simples. À l’inverse, le travail de Marko Velk en lithographie est fait de visions mouvantes, finement dessinées, qui se recouvrent partiellement. Les petites scènes disloquées de Jérôme Zonder et les amoncellements de crânes luisants de l’allemand Alex Tennigkeit, relèvent également de pratiques artistiques à l’identité marquée. Parmi les autres œuvres présentées, certaines ne sont que le fruit de recherches esthétiques sans caractère novateur et ne paraissent justifiées que par une fonction décorative.
Mais il ne faut pas prêter à l’URDLA des intentions qui ne sont pas les siennes. Si, depuis ses débuts et plus particulièrement ces dix dernières années, une réelle inscription dans le réseau de l’art contemporain a été revendiquée, l’institution n’a jamais voulu s’y enfermer. Elle jette des ponts entre le monde des arts plastiques ou des arts appliqués et celui du livre, mais aussi entre eux et le monde, plus hermétique, de l’art contemporain. Par la pluralité de ses activités, elle défend donc une position singulière au sein du paysage artistique régional, rhône-alpin comme franco-genevois. À découvrir !
Violences actives, jusqu’au 2 avril 2010
URDLA, Centre international de l’estampe et du livre
207, rue Francis-de-Préssensé
69100 Villeurbanne
www.urdla.com
NOTES
(1) Celles de Damien Deroubaix et Assan Smati en sont absentes, le premier ayant déjà fait l’objet d’une exposition monographique (jusqu’au 22 janvier 2010) et le second en ayant une en cours de préparation (pour le 8 mai 2010).
(2) En 1978, Max Schoendorff et quelques amis artistes installèrent leur «Union Régionale pour le Développement de la Lithographie d’Art» dans les locaux de la dernière imprimerie lithographique qui survivait encore en région Rhône-Alpes et qui allait être détruite, non loin du parc de la Tête d’or à Lyon.
(3) C’est notamment depuis 2001 que l’URDLA a développé ses activités de maisons d’édition en montant cinq collections aux côtés des catalogues d’expositions et des livres d’artistes qu’il publiait déjà. Elles allient une facture de qualité à une littérature exigeante, le tout pour un coût peu élevé.
(4) Parmi lesquels Jean-Michel Alberola, avec qui la série des Livres de peintres a été lancée en 1985, mais aussi Pierre Buraglio, Philippe Cognée, Wolf Vostell ou encore Claude Viallat.