VISITES — OCTOBRE 2009
Opening Night Strasbourg — Strasbourg
Ou comment j’ai piétiné une œuvre d’art.
Sophie-Dorothée Kleiner, 12 septembre 2009

Nous étions le 11 septembre, une date plus très innocente et le réseau alsacien TransRhein Art, (réseau de lieux d'art contemporain) organisait à Strasbourg une Opening Night, soit THE rendez-vous de rentrée label Art Contemporain.
Au programme une dizaine de lieux, du musée d'art moderne à la galerie associative, qui vernissaient leurs expositions avec plus ou moins d'imagination et de bonne humeur. J’avoue, je n'ai pas tout vu et pris le train déjà bien en marche !

Il n'empêche, à peine arrivée à Accélérateur de Particules et tellement euphorique d'y être, innocemment, me voilà en train de dégommer une sculpture, version Sol Lewitt aplati, un Ildiko Csapo plus que discret, qui me valut une petite remarque telle que: « ça s'est fait ! ». Eh oui, voyez-vous, un soir de vernissage où tout Strasbourg et environs est là, une oeuvre avoisinant les 6000 euros se fera régulièrement piétiner (je ne fus pas la seule ouf!) et finira la soirée rassemblée pèle mêle sur le mur, prise en pitié par le maître des lieux. J'avoue, c'est à ce moment-là que je l'ai trouvé intéressante, punie d'être inadaptée à l'évènement, d'être négligée par des spectateurs ignares et ivres, enfin un semblant d'âme apparaissait.

Bref, après ce court passage, moi et mes compagnons de route, nous enchaînâmes avec la galerie Chambre à Part où apparemment la fête était finie. Du coup, après un rapide tour de l'expo, nous filâmes fissa à Syndicat Potentiel. Là, juste le temps de jeter un coup d'oeil, de se mettre dans l'ambiance "Moi je suis un artiste" (décliner en version "ancien étudiant des arts déco", "tout est dans le look" et "moi je suis cool" ...) et voilà le concert commença. Ce fut un moment très agréable, mais j'avoue que j'ai autant regardé les pédales du guitariste que les dessins derrière lui, l'état des murs de la salle, contemplé les restes de peintures sur le sol, fait le tour du public, suis revenue sur le batteur, pas mal, ah oui ce dessin-là aussi, ouais les photos là-bas, bof,......
....
Concert fini, j’essaie de motiver les troupes pour un dernier lieu, direction Stimultania. Nous trouverons assez facilement, vu le troupeau à l'entrée. Ouf, la gaufre party tiens toujours, recharge au bar, petit tour dans l'expo, ouais, moyen.
Mais qu'entends-je? Encore de la musique! Eh oui me voilà embarquée à danser au milieu de photos d'aveugles, laissant mon corps onduler au rythme du dance floor, oups, je viens de rentrer en collision avec la cimaise ....

Moralité : outre le côté fédérateur de cet événement qui permet de donner une visibilité au réseau et de permettre une circulation des publics entre les structures, est-ce qu'un espace d'exposition est à adapter à la médiation culturelle ?
Ce qui me marque avec ce genre d'expérience, c'est que finalement on "pervertit" un espace. Certes j’ai passé un agréable moment et ce genre d'événement est parfait pour rencontrer les artistes, les institutionnels et les quidams curieux, ou tout simplement pour profiter d’une bonne soirée. J'ai juste ce sentiment douloureux que l’espace vital des oeuvres est une banquise fondante sous les spots des soirées branchées. Vous me direz ce n’est que le temps d’un soir, mais il ne m’a fallue que 30 secondes pour piétiner l’intégrité d’un artiste et dénaturer à jamais une proposition plastique.

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