WEB — FÉVRIER 2010Raoul, c'est cool!
Jean-Marie Reynier, 19 janvier 2010Jamais, depuis quelques mois, on a vécu une surmédiatisation si effarante du concept d'espace.
Site-specific contemporains, Facebook, Twitter, Badoo, Blogspot et autres saturent nos boîtes mail de nouvelles générales. Ce nouveau
type d'information est loin d'être inutile, car suite à la grande interrogation très eighties sur l'atelier, il amène la discussion à un point culminant: - que se passe-t-il derrière l'écran?
Vanité contemporaine, l'image "écranique" nous interroge autant que le moine vomissant son memento mori.
-Qui va déconnecter mon compte suite à mon décès?
-Dois-je donner mon mot de passe à ma compagne pour qu'elle puisse, prise d'un deuil formel, cesser le flux d'informations compulsives et automatiques que mon alter-ego virtuel qui se la coule douce dans un "serveur" en Californie, vomit sans cesse?
Atelier, espace de travail, lieu d'archivage, surface de clarification imagée... Notre iPhone le devient, aussi; sinon bien plus qu'efficace. Petite surface 3D, permettant archivage, communication, organisation, gestion, création. Cette dernière se passe à plusieurs niveaux, admettant (les poils hérissés, je les vois déjà) que l'écriture peut se distancier de l'antre noir et baveux de l'écrivain dans sa blanche tour d'ivoire, Facebook
et Twitter deviennent les lieux de notes et d'archivage parfaits pour un écrivain itinérant ou une féministe en mal de clavier (quotidien...
universel...), lieux de partage, lieux de mémoire.
La com et la pub, on s'en tape, quand on en fait elle ne nous dérangent pas!
Ou alors pousser le vice bien plus loin. Et là je vous re-présente un boursier fédéral classe 1993 que nous connaissons sous le nom de Raoul
Pictor. Il nous renaît sous forme de pocket painter, créature de poche capable de rendre votre iPhone une machine ad arte.
Raoul naît en 1993, dans un Apple magnifique pour l'époque, et il verse sur page ses premières peintures quelques secondes après. Couronnement historique, il suffisait d'un ordinateur pour prendre les bourses à cette époque... Mais Raoul allait déjà plus loin. Interrogations sur l'espace, sur l'écran, sur la réelle paresse de l'artiste (ou d’une vraie activité ?), ainsi que sur l'ennui généré par l'œuvre et la besogne (ou l’obsession ?) de l'artiste, Raoul se développe en formes de plus en plus contemporaines sans jamais prendre une ride. Comme le galet qu'on lance dans le lac et qu'on voit disparaître enfin sous la surface, il revient à elle grâce au pouvoir de la navigation… Raoul devient page web. "Multifenestrage virulaire",
ou tout simplement peintre tous écrans.
Revenons à notre atelier de poche, le "smart-mob" par définition, le iPhone, revenons donc à cet objet auquel manque juste l'érotisme d’une poupée gonflable avec QI. Dans notre poche, il nous offre une fenêtre sur le monde, pas chère, super bien dessinée, interactive, ludique. Que personne ne vienne me dire qu’on ne le désire pas. Il fait le même effet aux étudiants des Beaux-Arts de cette génération, que les premiers Mac Pro gris et magnifiquement stockables dans un cartable plastique blanc.
Que demander de plus, à cette fenêtre enviée et jalousée que de nous produire des pièces uniques pendant notre sommeil? Que demander de plus que de jouer au curateur le matin avant les jurys en ayant imprimé des pièces uniques, facilement aménageables sur les murs de l'atelier? Que demander de plus que pouvoir éviter les temps de
fabrication d'une pièce, elle-même critiquable par sa définition intrinsèque?
C'est là que Raoul Pictor sauve la vie de l'artiste.
Lieu sans atelier, atelier sans loyer, artiste sans scrupules, sans jugements, sans "merci", sans complexes; chapeau basque sur la tête, bouteille et bibliothèque, Pictor nous séduit par son goût aléatoire, naïf en ces temps, natif en ses temps.
On est subjugué par l'application iPhone "Raoul Pictor", qui encule étudiants, directeurs et enseignants... Artistes, artisans et intellectuels... Qui sodomise gentiment le concept d'une pièce à un million de francs, plutôt qu’un million de pièces à un franc. Cette application ne demande pas d'être futé, elle demande juste à être téléchargée.
Un artiste travaille pour vous, analyse du code; que vous soyez étudiant, curateur, artiste paresseux ou complexé, chef d'entreprise ou boulimique du quotidien.
Téléchargez Raoul Pictor, il va vous permettre de promener votre chien. Pas de iPhone? Vous n'êtes pas un artiste. Pas de bras? Pas de chocolat!
Parole d'artiste. Ou parole d'Hervé Graumann, parfait inconnu à cet écran.