MAI 2010
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FLASH BACKS — MAI 2010

Restrain & Release — Pully
Sophia Bulliard, 31 mai 2010

Restrain & Release,PullyEmmanuelle a besoin de sa dose de « je t’aime » annuelle
(Serge Gainsbourg, 1977)

Le Musée de Pully a consacré dernièrement une exposition à Emmanuelle Antille ; une rétrospective ? Sûrement pas, vu la jeunesse de l’artiste, âgée de 38 ans, et le caractère inédit de la plupart des vidéos présentées. On dira plutôt une importante exposition monographique de cette artiste lausannoise en Suisse Romande.

Le titre, Restrain & Release, soit Retenir & Lâcher, annonce la couleur : on pense autant à la respiration qu’aux pulsions sexuelles. Et c’est du désir dont il s’agit ici, décliné sous différentes facettes, temporalités et tableaux.

Curatée par Samuel Gross, le directeur de l’excellente galerie Evergreene à Genève, l’exposition s’inscrit sur les deux étages de cette ancienne demeure familiale bourgeoise entièrement rénovée et reconvertie en musée en 1991. Pour Restrain & Release, des écrans ont été montés contre les fenêtres, sur lesquels sont projetées les vidéos. C’est la grande trouvaille de cet accrochage : on pénètre dans les salles du musée en tournant instinctivement la tête vers la fenêtre, l’œil près à zoomer vers l’extérieur et l’horizon, et le regard plonge dans les vidéos d’Emmanuelle Antille, où s’inscrivent des paysages, des demeures et surtout des corps, des corps pris dans un rapport quasi charnel à l’architecture. Deux adolescentes gothiques évoluent dans un bâtiment désert ; la mère de l’artiste évolue dans une salle à manger envahie par des lignes de ficelle (Strings of affection, 2009).

D’où vient ce quelque chose qui fait penser au travail de Fiona Tan ? Certes, elles ont étudié ensemble à la Rijksacademy à Amsterdam. Chez Fiona Tan, on a aussi affaire à des adolescents, comme une période trouble où l’être vacille ; chez Emmanuelle, est-ce la recherche d’un naturel, d’une liberté, de maladresses ? Si Fiona Tan filme aussi les membres de sa famille, c’est dans un contexte de diaspora, d’immigration, dans un monde globalisé. Pour Emmanuelle, filmer ses proches est l’occasion de se livrer à des rituels qui prennent une dimension symbolique et cathartique.

Au deuxième étage – celui des chambres – se niche l’œuvre majeure tout juste produite, Geometry of Ecstasy, derrière un rideau et un avertissement : interdit aux moins de 18 ans.

Vous l’avez deviné : on y voit un couple faire l’amour. C’est sans doute l’acte le plus difficile à filmer ; des cinéastes y ont consacré toute une vie, comme Catherine Breillat. Pour ce faire, Emmanuelle a choisi un vrai couple, pas des hardeurs, des gens du métier. Elle a choisi un couple beau, jeune, tatoué. Elle a cherché à filmer le coït « sans érotisme, qui suggère, et sans pornographie, qui montre et met le spectateur dans une position de voyeur », dit-elle. Emmanuelle voulait le filmer « comme on filmerait quelqu’un en train de dormir ou de manger ». Le résultat est époustouflant : l’acte d’amour dans sa chronologie, avec ses élans et son paroxysme, entrecoupé de vues du paysage depuis la chambre. Ni érotique, ni pornographique : un regard posé, ça ne cache pas, ça ne montre pas, ça existe, là. On pense à un autre Néerlandais : Johan van der Keuken, pour son regard empathique sur le monde.

On en ressort tout émoustillé, comme avant l'amour.

* Caption : Emmanuelle Antille, Geometry of Ecstasy
Video still, 2010 © Emmanuelle Antille


MUSÉE DE PULLY
2, chemin Davel
CH - 1009 Pully
Me-Di: 14-18.00
T. +41 (0)21 729 55 8
http://www.pully.ch


 
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