EXPOSITIONS — MAI 2010
Le voyage de l'absent — Paris
Rudy Lacroix, mai 2010

Le voyage de l'absent,ParisWAlKING TO PARIS une exposition d’Hamish Fulton sur une proposition de Romain Torri, galerie Patricia Dorffman, Paris

On ne sait jamais ce qu’Hamish Fulton ramènera des ses voyages. Des milliers de kilomètres parcourus, des centaines de marches accomplies dans la nature. On ne peut donc rien présumer de ce qui sera vu lors d’une exposition de cet artiste. Depuis presque 40 ans qu’il a commencé son tour du Monde, on ne sait pas. Il présente ici plusieurs itinéraires, et laisse une trace mnémonique de son travail à travers une sélection d’oeuvres exécutées depuis ces 10 dernières années. Malgré ce choix synthétique, on peut retrouver la diversités des propositions formelles, la dernière traversée du Tibet jamais montrée à Paris.

‘Pourquoi réaliser une oeuvre alors qu’il est beau de pouvoir seulement la rêver?’ s’interrogeait Pasolini. Les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, pourtant nous aurions aimé les voir débattre sur la question dans leur discipline respective.

A cette question, nous pouvons tout de même avancer certains éléments: c’est la dimension du vécu dans la démarche d’Hamish Fulton qui est essentielle. La marche EST l’oeuvre, et l’exposition l’impose comme fait artistique.

A l’entrée de la galerie, des lignes noires entrecroisées prennent place sur plus de 2 mètres d’un mur, créent une forme unique par un jeu de symétrie. On trouve facilement plusieurs chemins de lecture au dessin. C’est d’abord la stylisation d’un plan, comme la silhouette schématique d’un insecte, précisément celle d’un phasme. Bien que les presque 3000 espèces répertoriées laissent cette précision dans un angle très large. L’insecte à la manière de savoir se fondre dans le paysage en imitant des feuilles ou des brindilles. En face une carte, deux petits formes de montagnes bleues faites -justement- de tiges coupées, rappellent le contour des montagnes. Minuscule sur le bois, un marquage à la justesse d’un calligraphe sur un grain de riz donne des indications sur l’espace et l’instant évoqué: une ascension du Mont-Blanc. Si l’allusion métaphorique introduit l’exposition elle s’arrêtera là, car Hamish Fulton aime changer de ton.

Plus loin dans le parcours, toujours la même économie de moyens. Des photographies de marcheurs ou d’alpinistes sont annotées, on lit de simples relevés sur des pages. Celles-ci ont une forme strictement conceptuelle. Mais les phrases lues sur les images sont autant des énoncés de performances relatif à la marche, des projections mentales, que des indications pour le spectateur. La présence du langage est constante dans la production et joue l’ ambivalence: parfois poétique, d’autres fois aussi sèche et rigoureuse qu’un enregistrement du cadastre.

Vous n’assisterez pas à un récit chronologique racontant tout une marche d’Hamish Fulton, vous saisirez des amorces de plusieurs itinéraires (ici Espagne, Italie, France, et Tibet) créant une forme simultanée de mouvement. Il semble que les protocoles qu’utilise l’artiste pour la réalisation de ses oeuvres soient eux-même éphémères dans sa pratique.

Ces dernières années, l’artiste crée un rapport privilégié avec les plus hauts sommets montagneux. C’est ce qu’il donne à voir avec sa récente marche au Tibet, ne dit-on pas ‘le toit du monde?’. Tout en perpétuant la tradition du paysage, il en ressort souvent la difficulté qu’implique ces actions. Ici la nature n’est pas un médium accueillant ou malléable dans lequel il suffit de s’immerger pour intervenir in-situ. La résistance, la connaissance des limites du corps, des données géologiques sont pleinement nécessaires. On remarquera que si les oeuvres peuvent prendre des formes très variées, les marches aussi se distinguent par leur tonalité: il y a des marches difficiles et des marches douces. Ainsi, la grande photo faite sur la via Appia, longue route romaine bordée de pins sublimes, est un espace de vide et de calme qui laisse place à la contemplation. La pratique d’Hamish Fulotn est substantielle à la vie, s’écarte de l’espace clos de l’atelier, les oeuvres qui en découlent sont forcément placées au second plan et on se demande si la rhétorique n’est pas chez lui une discipline en soit tant celle-ci est importante. L’exposition se vit donc en deux temps, le premier est celui de la prise d’informations données par les oeuvres, le second de toutes les questions qu’elles posent autour de la pratique. Le dialogue proposé.

WAlKING TO PARIS
une exposition d’Hamish Fulton sur une proposition de Romain Torri, galerie Patricia Dorffman. Jusqu’au 26 juin 2010.
Exposition accessible à pieds.

www.patriciadorfmann.com

GALERIE PATRICIA DORFMANN
61 rue de la Verrerie
F - 75004 Paris
Me-Sa: 14-19h
T. +33 (0)1 42 77 55 41
http://www.patriciadorfmann.com


 
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