JUILLET/AOÛT 2010
SOMMAIRE




COMBUSTION SPONTANÉE
O BROTHER KROPF
NOBLE SILENCE
OMNIPRÉSENCES
ASSURER DE L'ART
DYNASTIE
PALPITATIONS IRRÉGULIÈRES
BEFORE PRESENT

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EXPOSITIONS — JUILLET/AOÛT 2010


Dynasty
— Paris
Rudy Lacroix, 11 juillet 2010

Dynasty,ParisA lui seul, le titre de l'évènement dit beaucoup sur son ampleur. Une dynastie s'inscrit dans le temps par une suite d'hommes célébres issus d'une même famille. Ici, elle se fait par la continuité entre le Palais de Tokyo qui consacre son programme à la jeune scène artistique, notamment grâce aux modules mis en place en 2006, et le Musée d'Art Moderne, où il faut généralement être mort pour exposer. La collaboration inédite de ces deux institutions voisines permet une vaste exposition miroir de 40 jeunes artistes invités à présenter une oeuvre dans chaque lieu. Deux expositions dans l'exposition.

La volonté de mettre en avant le travail de la jeune génération se fait dans ce nouveau format, histoire de dire que les artistes confirmés sur la scène ont été jeunes eux aussi. En France, on considère souvent qu'un artiste reste "jeune artiste" jusqu'à environ 45 ans, dans ce cas comment exister quand on n'a que 30 ans? - que le reste de la scène essaye de passer de l'autre côté de la Dynastie. Si le casting des artistes présentés s'avère être le sujet de ce projet, ceux-ci n'ont pas été sélectionnés pour former un ensemble cohérent, la diversité heureuse des propositions emprunte une allure de mini-biennale. Certes, cet angle est défini arbitrairement, mais jamais subjectivement, ce qui le rend moins vulnérable aux compromis que connaissent bien certaines expositions. Il permet un éclairage de l'actualité sans tomber dans la hantise de produire l'événement le plus "up to date".

Les propositions ouvertes soulèvent les questions des moyens et des raisons d'être de l'art aujourd'hui. Résumons cela en une question simple: comment faire apparaître la création et l'art contemporain? On se sent presque aussitôt ridicule de s'interroger sur une évidence, à l'heure des super institutions et des maxi biennales, et pourtant. Ces dernières années, le choix du sujet domine parfois l'exposition plus que les oeuvres (la pire cette année étant «elles» à Beaubourg), l'omniprésence des curateurs est telle que l'on est finalement en droit de se demander si l'objet d'une exposition est réellement de faire apparaître l'art? Pour une fois une réponse claire. L'intention avouée, c'est de mettre l'accent sur l'art comme expérience, comme pratique singulière, engageant l'artiste dans un itinéraire incomparable où s'affirme sa subjectivité. Il s'agit d'évaluer les oeuvres en fonction de leur capacité à créer leur propre moyen d'expression: elles ne se contentent pas de représenter le monde mais entendent participer à son invention.

Si vous commencez la visite par le Palais de Tokyo (qui est la suite logique introduit par la temporalité du titre) vous trouverez que le Musée d'Art Moderne apporte de la clarté et de la structure à l'ensemble. Inversement, en terminant par le Palais de Tokyo, vous retiendrez peut-être une approche plus expérimentale de l'exposition. Au final, les deux espaces respectent leur types d'accrochage et se complètent parfaitement.

Parmi les jeunes plasticiens sélectionnés, certains sont déjà connus par le public parisien. Fabien Giraud et Raphaël Siboni montraient il y a deux ans une énorme installation au Palais de Tokyo, depuis ils ont été vus à la Force de l'art et à la Fiac. Florian Pugnaire, Bertrand Dezoteux exposaient au début de l'année à la Fondation Ricard, Théo Mercier signait récemment une exposition monographique au Musée de la Chasse, Dewar et Gicquel étaient également présents à la Force de l'art, Benoit-Marie Moriceau à la Fiac...

Bien-sûr le jeu de dédoublement de Dynastie avait son cahier des charges : il s'agissait de savoir investir les deux espaces sans favoriser qualitativement l'un ou l'autre. L'une des proposition les plus réussies est sans doute celle de Florian Pugnaire et David Raffini. Ils ont collaboré sur toutes leurs réalisations, bien que chacun a aussi une pratique personnelle. Ce genre de travail à quatre mains n'est d'ailleurs pas un cas unique dans Dynastie. Au Palais de Tokyo, ils projettent "Casse-pipe", un film documentaire de 40 mn qui reconstitue une bataille Napoléonienne rejouée chaque année en Corse. Au Musée d'Art Moderne, ils utilisent intelligemment l'accrochage pour mettre en écho leurs propositions, peintures, vidéos, sculptures. La vidéo "Shadow Boxing", où l'on voit un cube en aluminium s'affaisser sous l'impact des coups provenant de l'intérieur du volume, sans jamais voir la personne qui frappe, est un vrai tour de prestidigitateur.

L'intervention d'Oscar Tuazon est aussi intéressante. Au Palais de Tokyo, il tente de construire un lieu de vie sur l'île Kodiak en Alaska. Simple utopie ou Kho-lanta pour centre d'art? Sa pratique questionne l'architecture avec de larges allusions à la sculpture minimalisme. Au Musée d'Art Moderne, des sculptures plus formelles s'apparentent à des résidus d'architecture, mais demeurent illusoire et prennent un caractère de maquette. Il joue sur la contradiction entre l'intérieur et l'extérieur, distord les échelles, les rapports de proportions. Les oeuvres de Tuazon communiquent l'illusion d'un espace intérieur tourné vers l'extérieur.

Bien-sûr toutes les propositions retenues dans Dynastie ne sont pas remarquables, et je dirais presque heureusement, car si l'histoire n'avait pas anonymée quantité d'artistes depuis Michel-Ange, la Dynastie dont il est question aujourd'hui serait moins belle.

Visuel : Florian Pugnaire et David Raffini ' Casse-pipe', film, 40 mn. 2009.
Palais de Tokyo.


 
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