Bourse de la Fondation Simón I. Patiño et de la Ville de Genève — ParisBenoît Billotte, 26 octobre 2008
Le système des bourses et des résidences offrent une très bonne opportunité pour les artistes et notamment pour les jeunes artistes de poursuivre leurs recherches artistiques la plupart du temps dans une autre ville et de développer leurs contacts. Ces possibilités sont la plupart du temps proposées par des institutions privées ou semi-privées, le plus souvent en lien avec une fondation d'entreprise. La Suisse et notamment le canton de Genève en présentent de nombreuses avec différents types d'aide. Les bourses de la fondation Simoni I. Patino couplée à une bourse de la ville de Genève en est un exemple. Elle permet pour 2008-2009 à Christophe Balleys, musique (chanson, bd), Arturo Corrales (musique, composition), Henry Deletra (peinture, dessin), Noémie Etienne (histoire de l'art, curatoriat), Tami Ichino (peinture, sculpture, média mixte) et Luc Mattenberger (installation, sculpture, média mixte) de poursuivre leurs activités respectives sur Paris, durant une période de quatre à douze mois au plus.
Créée en 1958 en hommage au riche industriel bolivien Simón I. Patiño (1860-1947), la Fondation Simón I. Patiño de Genève conçoit toute une activité de recherches, d'éducation et de communication en faveur de l'Amérique du Sud et de la Bolivie. Elle développe également en parallèle tout un programme culturel tourné notamment vers l'art contemporain avec un soutien à la jeune création artistique. Chaque année, elle octroie à des artistes des logements, équipés avec une chambre, un atelier, une cuisine et une salle de bains, le tout situé à la Cité Internationale des Arts, 18 rue de l'Hôtel-de-Ville à Paris. Ces studios-ateliers sont accompagnés d'une aide financière de la Ville de Genève à hauteur moyenne de 750 francs suisses (soit environ 500 euros) par mois. Cette aide est définie par la Ville de Genève et la Fondation I. Patino comme "une bourse d'étude destinée à permettre à de jeunes artistes d'effectuer des études, stages, travaux ou recherches à Paris".
Cette démarche de soutien offre une image de mécène moderne à la Fondation Simón I. Patiño mais pas forcément le statut. Il est clair que cette attitude est louable dans sa forme mais nécessite toutefois un positionnement plus dynamique ou voir un meilleur suivi. Certains points pratiques seraient à revoir comme la mise à jour des ateliers logements qui sont la plupart du temps une même et seule pièce. Leur équipement qui a très peu changé depuis leur création favorise très peu les pratiques contemporaines (travail en volume, installation média numériques, images imprimées). L'accès à une connexion Internet non payante pourrait être également envisagé, tout comme une plus grande flexibilité et gratuité au niveau des possibilités d'hébergement occasionnel par les résidents de tierces personnes. Mais outre la mise à disposition d'un espace dans une grande ville et d'un soutien financier, il est important de développer en parallèle une structure de communication et de diffusion sur ses résidences, du travail qui y a été effectué et du parcours des artistes accueillis. Une aide à la création ne se réduit pas à un trousseau de clés ou une somme d'argent, c'est avant tout une structure qui favorise la recherche et l'échange artistique.
A l'heure actuelle, on est également en droit de se poser des questions sur l'avenir de ce type d'aide. Les systèmes de bourses et de résidences octroyées par des structures publiques ou semi-publiques semblent de moins en moins sûrs. La politique française en témoigne. Les institutions nationales se voient imposer une politique de rentabilité où l'objectif se cantonne la plupart du temps à l'attente du public au détriment des nouvelles demandes artistiques. La diminution des subventions entraîne la remise en cause de ce type de soutien. Les localités sont les premières à revoir à la baisse leur programme d'aide à la création; certaines grosses villes ou régions fortes peuvent encore se permettent de les renouveler dans un souci d'image et de rayonnement touristicoculturel. Mais pour combien de temps? ou selon quels critères? Les structures privées ne sont toutefois pas en restes. Suite aux événements financiers de ces derniers mois, les fondations d'entreprises ne vont-elles pas redéfinir leur activité en faveur de la création artistique? Leurs bourses de "jeune création" ne vont-elles pas se limiter aux artistes reconnus dont la valeur marchande est tout acquise?