VISITES — MAI 2009
De Caravage aux clubs branchés londoniens — NeuchâtelSéverine Cattin, 2 mai 2009
A l’occasion de sa nouvelle exposition, la galerie Une à Auvernier (NE) présente les peintures récentes du plasticien neuchâtelois Jean-Thomas Vannotti. Entre ébauches et travail fini, proches au premier abord de l’esthétisme des magazines d’art branchés, ses peintures inspirées du réel se révèlent à la fois véritables et fascinantes.
Le
cross-over d’un terme musical décrivant le mélange de styles au sein d’un même morceau, la piste pouvant débuter sur un air d’opéra et se terminer sur un rythme R&B. Le plasticien neuchâtelois Jean-Thomas Vannotti revendique cette même liberté d’action à travers ses peintures récentes exposées à la galerie Une à Auvernier.
Diplômé en Arts Visuels de l’ECAL, Vannotti comprend la photographie comme base de travail conformément à sa pensée picturale. Ses principes artistiques, telles que ses vues rapprochées et ses représentations de la réalité dans un cadrage fragmentaire, sont transposés dans le photoréalisme, évoquant des aspects sociocritiques de notre époque. Malgré la fidélité au motif, ses peintures possèdent un caractère plus proche de l’ébauche que du fini, animé par la puissance imaginatrice et transformatrice de l’artiste. La peinture coule sur la surface de la toile trahissant une pause furtive. Loin d’être uniquement représentatif, son propos semble corroboré par le renvoi explicite à l’illusionnisme baroque. Alors qu’une œuvre comme l’intrigante Dirty dirty dancing 6 (2009), représentative de toute une série issue des clubs branchés londoniens, se situe clairement dans la nouvelle vague de la peinture conçue sur la base du photoréalisme par son chromatisme et sa description des personnages, son fond blanchâtre à la fois lumineux et indéfini, renvoyant au fait quasi métaphorique du vide, laisse apparaître la composante irréelle de son œuvre. Vannotti se joue de la lumière artificielle, d’éclairages multiples rappelant une théâtralité parfois proche des mises en scène baroques, à l’instar de l’œuvre Wao 2 (2008) dont l’étrangeté de la lumière artificielle bleutée, se reflétant dramatiquement sur un torse hyperréaliste, génère une telle tension visuelle, qu’un sujet banal se transforme ici en une mise en scène difficile à soutenir.
Sa fascination pour le peintre italien Caravage et ses clairs-obscurs se révèle encore plus fortement dans son œuvre Laptop (2009), qui présente une vue de son atelier dans lequel trône de manière insolite un ordinateur portable, outil essentiel à sa démarche créatrice. Parfois encore, le travail de la chair et le rendu du tissu sont si lisses et léchés que son travail fini prend la forme d’une représentation presque tridimensionnelle à l’image de la majestueuse huile sur toile Genaro (2009). L’artiste ne dépeint aujourd’hui plus uniquement son propre univers, mais également des images traquées au journal télévisé, dans la presse ou sur Internet, comme les tirs de rocket au Proche-Orient à travers sa récente série sur Gaza. Cette réinterprétation contemporaine et ce mélange d’éléments du passé constituent en soi une liberté d’action saisissante !
Jusqu’au 16 mai 2009
GALERIE UNE
Rue des Epancheurs 1
CH - 2012 Auvernier
Me-sa: 14-18.00
T. +41 32 724 62 60
http://www.galerieune.ch