FÉVRIER 2009
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ARGENTO MIGLIORE
CENTRE D'ART CONTEMPORAIN

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NECROLOGIE — FÉVRIER 2009

Argento Migliore — Naples
Sophia Bulliard, 10 février 2009

Argento Migliore,NaplesJ’adore Argento ; je le déteste. Argento m’a arnaqué ; il m’a aussi sucé les pieds.
Argento Migliore : on ne pouvait pas trouver un pseudonyme plus sonnant. Si on le cherche sur la toile, on trouvera juste un obscur film italien des années 70 où il tient l’affiche, en train de se garrotter.
Aucune trace de lui dans les archives du Living Theater, qu’il a fréquenté pendant dix ans ; rien dans le cinéma des années 70, où il n’était qu’un figurant ; rien dans l’histoire de l’art, qui ne retient pas les figures les plus radicales, les plus visionnaires ou les plus autistes ; rien dans l’histoire de l’anarchisme, au mince matériel.

Argento Migliore est né un premier mai dans les années 50 d’une femme perturbée et d’un camorriste napolitain de seconde zone. Sa mère Rosa Flora Prima Donna se prenait pour la première, ou plutôt la deuxième femme après la Vierge. Retiré très tôt des jupons de cette sainte par les autorités, Argento s’échappe très vite du pensionnat de curés et rejoint la grande famille anarchiste italienne des années 60 : marches pacifistes, manifestations, occupations, et aussi le sexe et la drogue, à outrance. Il devient la coqueluche des milieux du cinéma et du théâtre, les propositions pleuvent et les passions se déchaînent à la vue de sa beauté frappante ; dans les années 70, il tourne une scène d’amour avec Ornella Muti.

Dans les années 80, il est l’amant de Julian Beck, le fondateur du Living Theater ; après sa mort, il se coupera totalement de la troupe, réorganisée par la femme de Julian, Judith Malina.
Il s’engage alors en solo dans un processus de performances, radicales, violentes ; dans la rue, dans les parcs, elles finissent souvent avec l’arrivée de la police face à un Argento/Pan, nu avec une couronne végétale, hurlant et décapitant des poupées, dans un registre dionysiaque. Proches du Living Theater et d’Antonin Artaud, ses performances sur le mode de la provocation misent sur l’agressivité et la catharsis. Elles le placent dans le champ de l’art ; il rencontre l’avant-garde européenne du moment : Minus Delta T, Mike Hent, Titus, Jean-Jacques Lebel, Robotnik, et des collectionneurs, des galeristes, des intellectuels ; il reste marqué par sa rencontre avec l’écrivain de la Beat Generation Gregory Corso. Il s’introduit en tant que performer dans les vernissages et fait scandale : cris et casse.

Dans les années 90, le galeriste Fabio Sargentini lui fait don d’un important matériel : livres d’artistes, multiples, catalogues, graphiques, cartes signées, lithographies. Cette fameuse galerie romaine a vu défiler les artistes de Fluxus et d’Arte Povera dans les années 60, le matériel est conséquent et précieux. Argento met alors en place son propre système économique : avec le business qu’il développe (vente, achat, troc du matériel acquis), il finance sa propre revue d’art contemporain, Collant, « feuille volante » qui lui permet de diffuser ses articles et ceux d’intellectuels italiens : Luca Patella, le critique d’art Gabriele Peretta, le poète Gino Scarfagione, le marxiste Filadelfo Anzalone… Une quarantaine de numéros Collant paraissent, assortis du Collant Art Book avec la liste du matériel disponible. Joli coup : concrètement, il poste et reçoit des colis, ce qui le fait vivre et finance sa revue, qui se permet une certaine liberté de ton, dégagée de pressions. Il publie un article de Gabriele Peretta, censuré par Artforum. Il s’incruste dans les FIAC et autres manifestations d’art contemporain, se présentant comme éditeur et marchand. Son carnet d’adresses est bien fourni, les affaires marchent fort. Mais il est malade, de la maladie du siècle. Il s’épuise.

Dans les années 00, il connaît un retournement de pensée radical : d’un comportement situationniste, basé sur la provocation et la violence, il se coupe du monde et vire au classicisme, ne jurant que par Eschyle et Lucrèce, se rapprochant des opinions de la droite italienne. Considérant tout ce qui n ‘est pas occidental comme non civilisé, il prône la lecture des auteurs grecs et romains et ceux du siècle des Lumières.

Aujourd’hui c’est trop tard. Argento est mort fin 2008 dans son mouchoir de poche via Tribunali à Naples, sûrement devant la TV. Sur la fin, il ne lisait plus. Sa collection a été vendue pour une bouchée de pain à des collectionneurs de Parma.
Argento Migliore est-il un never was but nearly ? Il a regretté que les téléphones portables n’existent pas à son époque, il aurait selon lui connu la gloire avec. Sa carrière n’a pas vraiment eu lieu : sa beauté et son caractère pourri, intransigeant, radical, insupportable, passionné et tête à claques ; son refus du spectacle, sa façon d’être inclassable.
Quand on a deux maladies incurables et qu’on ne veut pas figurer dans le livre des records, il suffit de mourir avant.

www.mymovies.it/biografia/?a=107075

* Photo : Giulia Piscitelli


 
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