Espace My.Monkey — Nancy
Sophia Bulliard, le 9 décembre 2008

Daté.es a interviewé Morgan Fortems, de l’espace My.monkey, « petit lieu d’image moderne » à Nancy. Local chaleureux et sympathique, l’espace My.monkey se présente comme un lieu de monstration, un studio de graphisme et un bureau de projets, entre art, graphisme, design et architecture. Actuellement et jusqu’au 24 décembre 2008, exposition du Club des Chevreuils.

Daté.es : Qui êtes-vous?

Morgan Fortems : L’espace My.monkey est une association à géométrie variable dont je suis le coordinateur bénévole (administrativement, je suis le « président » !). Autour gravitent différentes personnes elles aussi bénévoles qui s’impliquent, en fonction de leur disponibilité et pour des périodes plus ou moins longues en fonction de leur parcours de vie : étudiants, chômeurs, professionnels, tous intéressés par l’art, le graphisme et l’architecture.
Actuellement, nous sommes 8 : Morgan (graphiste indépendant), Cyrille (sans emploi), Léa (étudiante en art), Sam & Sandra (graphistes), Chloé (étudiante en communication), Cédric (enseignement en art, plasticien), Katarina (architecte).

Daté.es : D’où vient votre appellation ?

Morgan Fortems : Le nom a une origine bien obscure et mystérieuse, nul ne sait son secret ! D'ailleurs on signe volontiers, seulement et sobrement m.m.

Daté.es : De quels horizons culturels venez-vous?

Morgan Fortems : Une des richesses de notre lieu, c’est que les parcours sont variés. Certains sont passés par des écoles d’art, de graphisme ou d’architecture, d’autres sont autodidactes ou juste curieux et intéressés.
Les cultures le sont également, chacun ayant une sensibilité différente, qu’elle soit plus axée sur un art en particulier (illustration, design,…) ou sur un style (illustratif, abstractif, expérimental,...).

Daté.es : Quel est votre statut?

Morgan Fortems : L’espace My.monkey est une association à but non lucratif mais elle accueille mon studio graphique (je suis indépendant, inscrit à la Maison des Artistes depuis 7 ans).

Daté.es : Quelles sont vos activités ? depuis quand? jusqu'à quand?

Morgan Fortems : Nous avons démarré en 2003 avec trois bouts de ficelles. Nous organisons principalement des expositions dans notre petite galerie ou en extérieur mais nous essayons autant que possible de nous ouvrir sur d’autres territoires d’échanges et de rencontres avec les publics.
Nous avons ainsi organisé ou participé à toutes sortes d’événements (conférences, workshops, salons, fêtes à thèmes, projets participatifs,...). Notre survie est très précaire, nous disposons de peu de moyens financiers, humains (les bénévoles ne peuvent donner que quelques heures par mois) et techniques (notre lieu pose de fortes contraintes), nous reconduisons notre activité de six mois en six mois et ne pouvons nous projeter plus loin...
Donc, c’est promis, nous sommes encore là jusqu’à l’été 2009 !

Daté.es : Vous considérez-vous plutôt comme une galerie, un showroom, une agence, un magasin, une plate-forme pour graphistes, pour artistes?

Morgan Fortems : Nous sommes avant toute chose une galerie (sans aucune intention marchande autour de l’art) qui propose de faire découvrir les variétés du graphisme contemporain et sa porosité avec les autres disciplines (art contemporain, design, architecture, vidéo, musique, etc). Nous avons sur place quelques objets produits par les artistes invités, du merchandising (t-shirts, micro éditions, affiches) mais cela reste très anecdotique, on ne vient pas vraiment chez nous pour faire du shopping ! Notre activité est sous la forme d’une plate-forme sur laquelle les personnes et les projets viennent se greffer. Nous avons par exemple Katarina qui nous a rejoint pour développer des actions spécifiques autour de l’architecture. Nous avons acquis au fil des ans une certaine notoriété dans le milieu qui peut permettre de nous considérer comme un tremplin. C’est pour cela que nous avons à cœur de laisser autant de place dans notre programmation aux artistiques confirmés qu’en devenir.
L’association veut conserver une ambiance conviviale, imparfaite, comme « chez les potes » pour être la plus accessible possible (nous sommes situés dans un quartier populaire) et ainsi être malléable à volonté et à disposition autant pour les porteurs de projets, que les artistes, que le public.

Daté.es : Comment vous situez-vous, entre art et graphisme?

Morgan Fortems : Au milieu ! Le graphisme est notre métier, nous sommes probablement plus pertinents dans ce domaine pour sélectionner ou initier des projets. Nous abordons donc l’art par ce biais. Notre souhait n’est pas de montrer de jolies images mais bel et bien de montrer l’inscription de cette discipline dans une démarche personnelle, artistique, revendicatrice, expérimentale. À l’opposé nous montrons également des projets dans d’autres disciplines qui viennent frôler le champ du graphisme...

Daté.es : Qui sont vos partenaires privilégiés et vos invités ?

Morgan Fortems : Nous sélectionons nos artistes principalement suite à un repérage (sur internet, magazines, dans des expositions, par bouche-à-oreille, etc) et un peu plus rarement, nous diffusons des projets soumis spontanément par leurs auteurs (les projets soumis sont de qualités très variables).
Chaque fois que nous rencontrons un artiste, on en rencontre cent, c’est tout un réseau à explorer et de belles découvertes en perspective.
Chaque visite à l’étranger ou dans une nouvelle ville est également l’occasion d’explorer la scène locale...
Notre activité est bien suivie par Etapes (magazine français de graphisme) et des blogs spécialisés. En local, nous essayons de nous impliquer dans le tissu associatif et nous travaillons régulièrement avec l’Autre Canal (centre régional des musiques actuelles).

Daté.es : Quelles sont vos sources de revenu?

Nous avons pendant plusieurs années tout payé de notre poche ! On faisait les expositions avec trois bouts de ficelle. Aujourd’hui nous sommes soutenus par la ville de Nancy et la DRAC de Lorraine. Notre budget est très, très serré et nous permet de survivre plus que de vivre. Cette source de revenus publics nous permet d’améliorer le confort des artistes et des publics ainsi que de mettre en place des expositions avec des artistes des pays limitrophes. Nous injectons toujours de nos propres fonds dans le projet (environ 15% par an).

Daté.es : Quelles relations entretenez-vous avec le contexte nancéen, et plus généralement le "grand Est"?

Morgan Fortems : Nous participons avec plaisir et autant que possible aux événements inter associatifs. Nancy est une petite ville, nous nous connaissons tous et nous pouvons sans difficulté nous rencontrer. L’ensemble des associations est homogène et il y a une bonne complémentarité entre l’action de chacun.
En terme de « famille culturelle », nous sommes un peu isolés, nous sommes la seule association avec un lieu de diffusion permanent. Toutefois, des ateliers d’artistes, des associations plus tournées vers les spectacles vivants ou des associations nomades organisent ponctuellement des expositions, qui complètent très bien notre action et élargissent le champ visuel en donnant à voir des formes qui ne seraient pas diffusées chez nous.

Daté.es : Avez-vous produit ou co-produit des éditions ou multiples?

Morgan Fortems : Nous venons de sortit notre tout premier catalogue. Il s’appelle « Lettre à mamie – ou comment expliquer à sa grand-mère qu’on est graphiste et que c’est un vrai métier », cette lettre est le prétexte de départ pour faire une sorte de rétrospective sur nos cinq dernières années d’activités. Nous souhaitons, si nous réussissons à monter le projet financièrement, développer des éditions artistiques monographiques ou collectives.
En parallèle, nous produisons de temps en temps des séries limitées avec des artistes (sacs sérigraphiés, posters, badges, adhésifs,...).

Daté.es : Quelles ont été jusqu'à maintenant vos plus belles réussites? vos pires fiascos?

Morgan Fortems : Je ne vais pas citer de noms !!
Le projet en soi et dans son ensemble est une très belle réussite, nous sommes allés jusqu’à présent au maximum des moyens que nous avions et nous sommes toujours surpris de l’aura ou de l’ampleur que nos 45m2 en province ont pu prendre.
Les seuls regrets que nous pourrions avoir c’est de manquer de temps, de ne pas avoir les moyens d’inviter tous les artistes qui nous plaisent et de ne pas avoir un espace assez confortable pour les accueillir.

Daté.es : Quelles activités souhaiteriez-vous développer dans le futur?

Morgan Fortems : Les éditions avant tout et produire un peu plus avec les artistes qu’on invite !
S’installer dans un lieu plus grand, partagé avec d’autres activités...

espacemymonkey.com

 
Référence : http://xn--dat-dma.es/objects/NANCY/ESPACE-MY-MONKEY-MORGAN-FORTEMS/SOPHIA-BULLIARD/article-27.html
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