NOVEMBRE 2009
SOMMAIRE




MAIS OÙ EST ALICE?
HOTEL EVERLAND: L/B
ANNUAL ART AWARD
PANORAMA DE THOUNE
POINTS D'IMPACT
BIENNALE DE LYON
BIENNALE D'ISTAMBUL
LA NUIT DANS LA FORET

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BIENNALES & FESTIVALS — NOVEMBRE 2009

Tric-trac et Tsin Tao — Lyon
Sophia Bulliard, 7 novembre 2009

Xè Biennale de Lyon
Le spectacle du quotidien

Jusqu'au 3 janvier 2010

Visiter une exposition massive comme une biennale, on peut le faire comme se promener dans une forêt.

Il y a des monuments dans une forêt (arbres centenaires et respectables) comme dans une biennale ; à Lyon, les pièces trop rares et sorties des placards pour l’occasion, celles de Brecht, ponctuent toute la biennale avec une certaine majesté, comme des sapins présidents.

Il y a des clairières soudaines, avec inévitablement une maisonnette : et voilà les cabanes d’Agnès Varda à la Sucrière, cinéaste rôdée et toute jeune plasticienne. Il y a trois cabanes, comme celles des trois petits cochons : l’une est faite de pellicules 35 mm, cabane fragile avec ces rubans noircis, minuscules images de films d’Agnès. L’autre est en toile bleue, avec du sable au sol, et abrite un film ; et la dernière est en dur, remplie de portraits de personnes sur la côte bretonne, regards plantés dans l’objectif, cheveux au vent, derrière eux un décor planté dans le décor. Sûr, elle l’a planté, le décor.

Et puis il y a le ton général de la végétation, qui serait le discours du curateur.

Le curateur, parlons-en. Les médias ont beaucoup insisté sur le fait qu’Hou Hanru a remplacé au pied levé Catherine David, qui s’est désisté de son poste de curatrice-directrice de la biennale en janvier 2009. Certes, cela tient du courage pour notre ami chinois. On en ressent le côté à l’emporte-pièce dans la manifestation. Au fait, pourquoi s’est-elle défaussée, Catherine ? Désaccord, manque de moyens, désaveu, maladie ? Mais qu’allait-elle faire dans cette galère lyonnaise ?

Il semblerait d’ailleurs que la biennale de Lyon est une patate chaude que l’on se refile à la va-vite. En 2007, Stéphanie Moisdon et Hans-Ulrich Obrist invitent 50 curateurs à choisir des artistes représentatifs de la décennie 2000-2010 ; il y eut beaucoup d’artistes jeunes, voire très jeunes. La biennale de Lyon brûle les doigts.

Saluons certes le casting de celle-ci, des artistes, dont beaucoup d’Asiatiques, de l’Irak aux Philippines, en passant bien sûr par la Chine et l’ancienne Yougoslavie, les Balkans. Une bouffée d’inconnu(e)s, ce qui nous change de Venise. Mais le cœur a du mal à en être.

Le titre déjà de la biennale est à la fois des plus passe-partouts (la veine baudelairienne de lier l’art à la vie) et des plus obscurs : s'agit-il de ré-enchanter le monde ? On y trouve de l’intervention dans l’espace urbain à foison, des tranches de réels en-veux-tu-en-voilà, de la banalité à la pelle, quelques urban shows de Barrie McGee, et aussi le Canada Dry de l’art politique engagé : ça y ressemble, ça en a la couleur, mais ça n’en est pas : il y manque ce fameux quelque chose dont parlait déjà Burke au XVIII ème siècle, esthéticien au nom bien porté, qui cherchait ses mots semble-t-il.

Toutefois quelques perles, des pièces réussies comme des blancs en neige bien montés : l’installation fragile et sophistiquée – quasi maniériste - de Sarah Sze, les dessins et schémas modestes à la craie sur une façade-tableau noir de Dan Perjovschi (The everyday drawing), comme des pousses prometteuses.

Dira-t-on comme Eric Troncy au sortir de cette biennale qu'on y « a vu beaucoup de choses, mais pas d’art » ? Le plus beau sans doute était à voir au dernier étage de la Sucrière ce lundi après-midi : dans un espace délimité avec du gravier, une bande de joyeux drilles chinois, attablés avec des caisses de bière et des tonnes de nourriture, jouant, au majong, tric-trac, machines à paris, braillant et riant aux éclats. On ne savait pas trop si c’était les artistes, les monteurs, une performance, un work in progress, une fête. Une petite Chine éclose là.

Mardi à 19h, je ne suis pas au vernissage de la Sucrière, mais en face, au vernissage VIP de Docks Art Fair. On se commettra dans les gâteries et dans les sourires mondains de bon aloi mais attention aux splendides petits fours : certains se révèlent vraiment dégueulasses. Au bout de quelque temps, on a repéré les bons. Il faut avoir l’œil et le palais cher ami. Aussi le carrosse pour nous ramener à la gare et sauter dans le dernier train. Pas vu de stars. Un public franco-français, avec des poignées de Chinois, dont notre Hou Hanru qui est partout, radieux, même sous la pluie devant la pièce de Bertrand Lacombe & Sophie Déjode.


 
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