Ouverture de l'espace Doll — LausanneLaurent Kropf, 6 septembre 2008
DOLL, c'est un film japonais que j'aime beaucoup, mais dont je ne me rappelle pas bien. DOLL se serait peut-être appelé Dôle si une des Léonore s'était appelée Eléonore ou Esmeralda. Mais on sait les filles de l'ex-espace Basta! plus portées sur les cocktails que sur le rouge valaisan.
DOLL, ce sont donc les filles de l'espace Basta! plus 2, et un nouvel espace à une nouvelle adresse.
L'espace DOLL ouvrant le 18 septembre par une exposition de Thomas König, Daté.es a rencontré Delphine Rivier, co-fondatrice avec Léonore Veya de l'espace DOLL. Retour sur l'histoire du duo, et interrogation sur la présence discrète, généreuse et effacée des 2 curatrices dans leur travail.
Daté.es: Peux-tu me parler des prémisses de l'espace DOLL?
Delphine Rivier: Avec Léonore, nous avions déjà une galerie à
Vevey, pendant 3 ans, qui s'appelait
DVLV. ‚a nous a donné pas mal d'expérience,
mais au bout du compte, on s'est aperçu que ce qui nous intéressait, c'était de travailler avec des gens de notre génération, des jeunes qui sortaient des écoles; qu'il y avait des galeries compétentes et établies qui prenaient
en charge les artistes une fois qu'ils commençaient à être reconnus, qu'il y avait
des centres d'art, qui faisaient des expos personnelles, et après il y avait des musées.
Mais pour les tout jeunes artistes, il n'y avait pas grand-chose. En fin de parcours de
DVLV,
on a commencé à faire des expositions collectives de jeunes artistes, mais nous
ne vendions rien; avoir une galerie mue par des intérêts commerciaux tout en représentant des
gens très très jeunes était en fait inconciliable.
Nous avons quitté Vevey avec l'opportunité de reprendre
Basta!, et on a monté ce projet, qui s'apparente à
quelque-chose que je n'ai pas connu, la galerie
16-25 à Lausanne, un espace soutenu par le Service de la jeunesse de la ville,
et qui ne montrait que des jeunes entre 16 et 25 ans.
On a décidé de faire ça, mais sans être aussi rigide, de donner
aussi l'occasion à des gens qui n'ont jamais eu d'exposition personnelles. Ou
encore des gens reconnus ailleurs mais qui, dans la région, n'auraient pas été montrés.
Daté.es: On peut donc comparer DOLL à une sorte de laboratoire?
D. R.: Oui, une sorte de plate-forme d'essai. Et ça, ça a très bien
réussi. C'est-à-dire que nous avons trouvé énormément
de monde qui avait envie de jouer le jeu de l'essai, de la tentative, d'installer son travail
et de voir ce que ça donne. Donc il y a bien sûr un c™té... disons... improvisé,
parfois. On ne sait pas vraiment à l'avance ce que l'exposition va donner, ou si ça
va donner quelque-chose. Et l'artiste profite de la grande liberté offerte par le fait
qu'il ne doive pas vendre; nous montrons parfois des gens qui sont représentés
par des galeries, vendent extrêmement bien ailleurs dans le monde mais ont l'envie de faire
autre chose, d'expérimenter, ce qu'une galerie ne leur permet pas.
Daté.es: Comment définiriez-vous votre travail? Vous adoptez une position
très en retrait pour des curatrices, non?
D. R.: Disons que notre travail de curatrices est moins sur la forme finale que sur un travail
d'accompagnement, de choix, de discussion qui aide l'artiste dans son expérience d'exposer.
On pourrait voir notre projet comme un centre socio-culturel, sauf que nous avons
vraiment une ligne artistique forte; c'est jamais à défaut. Nous étions
d'ailleurs soutenu par le Service de la Jeunesse, et depuis peu, c'est la Culture qui a pris
le relais.
Notre plaisir à nous, c'est de nous mettre derrière un ou plusieurs artistes; on est là pour que l'espace soit ouvert, que de l'argent rentre, pour que la production soit payée; et nous écrivons des textes et faisons des photos. Mais cet espace n'est pas là pour nous servir à titre personnel. On monterait volontiers des expos ailleurs, mais faute de temps... et surtout nous rencontrons tellement de gens intéressants... on fonctionne un peu au coup de coeur...
Donc nous travaillons pas mal en amont, pour faire connaissance du travail, de la personne. Et après on s'adapte; certains travaillent de manière autonome, d'autres ont envie de bénéficier de nos regards, de discuter.
Daté.es: Vous êtes des sortes de coaches? Des conseillères?
D. R.: Justement, on a vraiment envie de développer DOLL, maintenant, comme une espèce de bureau culturel. Parce que les gens sont en général assez perdus dans le système de subvention, de soutiens, etc... Une sorte d'équivalent au bureau culturel genevois, mais spécialisé dans les arts visuels, et vraiment pour les jeunes artistes. Un centre de conseil pour des demandes de fonds, des problèmes administratifs... ou artistiques. Au niveau concret. Parce que c'est un manque, et que les écoles, qui dispensent de bonnes formations, n'ont pas forcément le temps de prendre en charge de tels sujets.
Accompagner les gens, sans faire dans le social. Faciliter l'accès à l'information; éviter, pour prendre un exemple, de devoir perdre 1 année pour retrouver une artistes dans un squat à Berne, sans téléphone.
Mais faire tout ça de pair avec un espace d'art; et monter un projet de répertoire de vidéos, consultables sur place.
Daté.es: Au duo de base de
Basta!, Léonore et toi, deux nouvelles personnes vous ont rejoint dans l'équipe, pour former DOLL. Qu'est-ce qui définit ce quatuor?
D. R.: Nous sommes les 4 des historiennes de l'art. Nous avons les 4 étudié durant des années des artistes... morts; avons énormément appris. Mais aujourd'hui, dans mes relations avec les artistes, j'essaye d'oublier ce bagage philosophique ou théorique: je donne plus de poids à la rencontre avec l'artiste qu'à la rencontre entre une historienne de l'art et un travail.
Avec Léonore (le 1er L de DOLL, donc), on travaille ensemble depuis 8 ans, donc on se passe presque du langage pour communiquer. Léonore (celle du 2ème L) est une connaissance de l'Université; elle termine une thèse en performance à Londres et enseigne au CEPV à Vevey. Olga est espagnole, mais a fait une thèse à Lausanne en esthétique du cinéma; elle a donc un autre background - ses études en Espagne - et viens combler un vide dans notre équipe: la vidéo et le cinéma.
Daté.es: Ce parcours universitaire donne l'impression que, du coup, vous drainez un autre public que les autres lieux lausannois, tenus par des artistes. Comme si ces 2 angles d'approche, s'ils ne sont pas basés sur des a priori, se méfiaient l'un de l'autre.
D. R.: Oui. Le milieu lausannois est très cloisonné.
Daté.es: Et l'organisation à 4?
D. R.: Nous n'en avons pas encore fait l'expérience, puisque les premiers temps de DOLL fonctionneront sur la suite de la programmation de
Basta!.
J'espère qu'on pourra se disputer un peu pour la programmation; qu'il faille convaincre... que tu saches vraiment pourquoi c'est un bon travail.
Daté.es: Désolé pour les croissants. Ils ne sont vraiment pas très bons. On ne sait pas où trouver de la bonne boulangerie à Lausanne.
D. R.: Si, il y a celle du coin, à Saint-Laurent. En face du McDonald, avec les devantures en couleurs. Ils font des pains vraiment très biens.
* L'espace DOLL est situé à la rue César-Roux 4 à Lausanne. Vernissage le 18 septembre à
18h30 avec l'exposition de Thomas König. Bus 5 et 6 depuis la gare, arrêt Place du Nord.
espacedoll.ch
kulturbuero.ch