MARS 2009
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ENSEIGNES — MARS 2009

Trafic — Lausanne
Laurent Kropf, le 9 février 09

Au numéro 19 de la rue de Bourg, après avoir gravi la dernière marche de la dernière rampe d’escaliers raides et craquants, il faut baisser la tête pour pénétrer dans le Home Cinema de l’Association Trafic; une salle de projection dédiée à la vidéo d’art contemporain, et premier projet de l’association, qui par sa justesse et son originalité en éclipse tous les autres encore en devenir...

Jean-Michel Baconnier : L’idée à la base de l’Association Trafic était de nous diversifier face à notre propre travail artistique, mais aussi de nous intégrer dans un milieu dans lequel, ayant étudié en Valais pour la plupart d'entre nous, nous n’avions pas vraiment d’accroche.

Laurent Emmenegger : Nous voulions susciter des interactions, des collaborations entre différents métiers et médiums artistiques.

Daté : Vous vouliez combler un vide? Je pense notamment à votre Home Cinema?

Steve Paterson : Il ne s’agissait pas, à la base, de combler une lacune dans le paysage culturel lausannois. Mais c’est vrai qu’on se rend compte que nous sommes un petit peu particuliers avec notre salle de projection. Au départ, notre volonté de mettre en place une structure culturelle associative a été envisagée sur le désir d'interroger, justement, ce genre de démarche à travers différents projets qui n'avaient pas été définis préalablement. Tout cela a donc commencé par des discussions et réflexions sur nos envies d'évoluer dans un milieu artistique de façon stratégique et critique.

L. E. : Pour le lieu, ce fut plutôt une question d’opportunité, mais aussi, il est vrai, de contexte, qui a fait que le projet de salle de projection a vu le jour.

Christophe Métroz : Le projet du Home Cinema est né, comme tant d’autres, dans l’espoir de faire partie des Urbaines. Mais nous arrivions trop tard. Il a alors glissé, après la découverte de notre grenier, vers un projet un peu plus global.

J.-M. B. : Nous avons donc aménagé cet espace en salle de projection à la manière de Bouvard et Pécuchet.

Daté : Vous avez alors dédié votre espace à la projection de vidéos d’art contemporain.

S. P. : Oui. Une donnée de base était l’impossibilité due au lieu d’y installer un projecteur 35mm ou 16. Et puis pour le cinéma indépendant ou expérimental, il y a déjà l’Oblò et le Zinéma.

Daté : Quelle est la structure de la salle ?

C. M. : Dans son dispositif, le Home Cinema est une salle avec un dizaine de chaises et un écran. Le public y adopte une attitude de salle de cinéma. A Noël par exemple, les diaporamas étaient un moyen de se détendre, de discuter; les gens se sont assis et ont regardé sans un bruit. C’est intéressant.

S. P. : Une autre expérience était de se poser la question si un film faisant partie d’une installation pouvait être montré là; il y a bien sûr la question de la boucle, mais nous avons aussi eu l’impression de découvrir la vidéo en tant que médium, en tant qu’image; le fait aussi d’avoir le temps, de ne pas être fatigué, comme dans un musée où la vidéo est une oeuvre parmi d’autres...

L. E. : Le rapport à l’oeuvre est différent. Les gens sont confinés dans un espace clos. Et les artistes sont dans la plupart des cas présents, ce qui permet souvent un échange qui n’est pas dans le programme.

Daté : Vous fonctionnez donc à coup d’événements.

C. M. : Oui, des interventions sur deux soirées. Il y a eu des programmations, une soirée diaporamas, la prochaine fois, une table ronde,...

S. P. : Nous pensons vraiment chaque module comme un événement à part entière, avec un programme cohérent sur deux soirs, sans qu’il ait à voir avec le précédent ou le suivant.

Daté : Qui s’occupe de la programmation?

J.-M. B. : Pour la première programmation, nous avons fait des recherches au niveau des artistes, la deuxième était une carte blanche à Geneviève Loup, historienne de l’art spécialiste de la vidéo, la troisième une invitation à Christophe Kihm, rédacteur à ArtPress, de nous présenter des artistes étrangers, inconnus en Suisse; puis une invitation à Katia Bassanini.

L. M. : Et le diaporama était pour Noël; là on a un peu tous invité des gens. La plupart des artistes ont produit des diaporamas exprès pour la fête!

Daté : Recevez-vous des subventions, ou êtes-vous auto-financés ?

C. M. : Pour rénover la salle, nous avons investi nous-mêmes. Nous avons quelques membres, mais les programmateurs ont jusqu’à maintenant accepté de travailler bénévolement, et les artistes de ne pas être rémunérés.

L. E.: On les remercie!

S. P. : Pour l’année prochaine, lâchez-vous sur les cotisations !

C. M. : Fonctionner de manière indépendante nous a permis de mettre en place toutes ces choses, de travailler de manière un peu empirique pendant un peu plus d’une année. Je pense qu’aujourd’hui, nous avons une réelle raison d’être.

J.-M. B.: Ensuite, se développer, c’est aussi se poser la question avec plus d’exigence de la cohérence des programmes, des invités, avec une pensée critique par rapport au médium, comment est-ce que nous, on existe par rapport à un cinéma...

Daté : De quoi sera fait le prochain événement, les 19 et 20 mars ?

J-M. B. : Autour du prochain Décadrages*, initié par François Bovier, sur la question de la société de production Anna Sanders Films.

S. P. : Il s’agit de la boîte de production de Charles de Meaux, Pierre Huygue, Philippe Parreno et Dominique Gonzales-Foerster, et d’autres peut-être...

J.-M. B. : ... société qui utilise des stratégies de production, de diffusion, de présentation de cinéma, pour des films d’artistes. Il nous semblait juste de proposer cet événement dans le Home Cinema de Trafic, qui est entre la salle de cinéma, le ciné-club, la salle d’art contemporain...

S. P. : oui, d’inviter des gens qui se posent la question de l’entre-deux.

19 et 20 mars 2009, table ronde avec Geneviève Loup, François Bovier et Raphaël Oesterlé sur la société Anna Sanders Films. Rue de Bourg 19, dans les combles. Plus d’infos sur www.trafic.li.

Jean-Michel Baconnier est artiste. Diplômé de l’Ecole cantonale d’art du Valais de Sierre, il y est assistant et enseigne également à la EAA de Genève.
Laurent Emmenegger, graphiste. A étudié en Nouveaux Médias à l’ECAL.
Christophe Métroz, graphiste sorti de l’école cantonale d’art de Sierre. Il y est maître-assistant.
Laurent et Christophe fondent Station Sud, bureau de graphisme indépendant à Lausanne.
Steve Paterson est critique d'art et commissaire d'expositions de la galerie itinérante PLAKART.

* Décadrages est une revue semestrielle de cinéma éditée à Genève.

www.trafic.li
www.plakart.org
www.station-sud.ch
www.decadrages.ch


TRAFIC
19, rue de Bourg
CH - 1003 Lausanne
http://www.trafic.li


 
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