NOVEMBRE 2009
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BIENNALES & FESTIVALS — NOVEMBRE 2009

11ème Biennale d'Istambul 2009 "What Keeps Mankind Alive?" — Istambul
Antoinette Vonder Mühll, 1er novembre 2009

11ème Biennale d'Istambul 2009
12 septembre - 8 novembre 2009

On atterrit dans une ville où seules les eaux coupent une mer de collines d'édifices qui s’entremêlent entre les continents de l’Europe et de l’Asie. Istambul, autrefois Constantinople, une forteresse de l’histoire – une sorte d’hybride culturel qui se manifeste encore plus au cours des dernières années – devenue une ville contemporaine et conservatrice du passé, pleine de mélange d’Europe et du Moyen-Orient. On entend les voix des prières depuis les mosquées, on se retrouve dans les rues commerçantes et branchées, avec des galeries contemporaines, pleines de bars et restaurants et on se balade de l’autre côté dans le bazar et des quartiers où on peut entendre les machines à coudre jusqu’à tard la nuit – et ce qui surprend : une ville d’environ 12 millions d’habitants où on ne ressent pas une même hectique et des ‘rush hours’ comme dans les métropoles.

Entrepôt n°3 qui longe les docks des grandes croisières. Au premier étage est installée la première partie de la 11ème Biennale d’Istambul, organisée cette année par le collectif curatorial What, How and for Whom / WHW (Ivet Curlin, Ana Devic, Natacha Ilic, Sabina Sabolovic) de Zaghreb. Le titre What Keeps Mankind Alive se réfère à la chanson de la Dreigroschenoper de Berthold Brecht et tourne autour de deux sujets centraux, la politique et l'économie, sur lesquels répondaient 70 artistes de différents pays – la plus grande partie de l'Europe de l’Est et du Moyen-Orient. L’exposition propose un prisme de voir les travaux dans une lecture en référence à Brecht, son engagement politique et ses méthodes appliquées – sans que les œuvres soient forcément liées directement à celui-ci. Chaque travail relève de sa propre préoccupation et champ de références, parfois dans un engagement politique. La Biennale se voit comme un méta-module qui voit son potentiel dans la pensée critique par rapport à un contexte artistique et politique tout en tenant compte du site géographique où elle se manifeste.

Mais cela ne veut pas dire qu'on est face à des réponses sur la politique et l'économie actuelles - plutôt à des questions fragmentaires sur la crise et ces effets sur les zones de pauvreté et de richesse dans un monde où règnent des systèmes de pouvoir.
Malgré la domination brechtienne appliquée, on parcourt et se confronte à une discussion ouverte où l’on découvre des œuvres qui datent des années 70, comme Tamas St.Aubry, KP Brehmer qui a trouvé sa méthode de visualiser des statistiques et des données afin de critiquer les problèmes et conséquences sociales par rapport au développement politique et économique. Ces œuvres graphiques varient des sujets sur le prix des patates et du zinc jusqu’à l’état d’âme et les sentiments d’un ouvrier. Dans un même esprit exposent les collectifs français actuels Bureau d’études et Société réaliste.

Une belle découverte est la série de photos du ciel nocturne d’Istambul, Celestial Objects, de Trevor Paglen (Etats-Unis) à l’entrée de la Biennale. Les points ou des lignes illuminés dans le ciel sont des satellites qu’il documente à part et qui révèle une ambiguïté cynique sur le monde d’observation et d’opération militaire presque invisible.

La vidéo Isola Bella de Danica Dakic (Bosnie-Herzégovine) est un projet avec une scène décorée d’un papier peint du XIX ème représentant une île inhabitée. Les protagonistes qui jouent, masqués comme différents caractères, sont les résidents actuels de la première institution pour handicapés mentaux en Bosnie en 1949 – et exemple de la modernisation sociale. Ce collage de références et d’histoires personnelles, en même temps le cadre intime et enfermé dans un espace presque fantasmagorique, transmet une isolation qui passe par les masques.

D’autres artistes retenus de la Biennale : Hans-Peter Feldman, qui expose l’œuvre la plus minimaliste – un morceau de pain où le milieu a été mangé -, Artur Zmijewski avec une série de vidéo sur des évènements publiques et politiques, Simon Wachsmuth, Canon Senol (Istanbul) avec une vidéo dessin/collage animé qui raconte l’histoire d’une femme turque dans les tensions des valeurs et sensations sur la moral conservatrice et la religion institutionnalisée d’aujourd’hui – Deimantas Narkevicius avec un travail video The Role of a Lifetime, un interview avec Peter Watkins et son approche de travail documentaire.

La difficulté rencontrée est le côté ‘manifeste’ qu’exprime cette Biennale. Un manifeste de lutte de classes, sur le dilemme de la barbarie et du socialisme qu’on est en plein dedans mais qui absorbe parfois aux œuvres leur expression artistique. Et un certain nombre d’œuvres aspirent à révéler des questions et problèmes sociaux avec un moyen documentaire et/ou pseudo scientifique un peu simpliste.

Les trois sites de la Biennale, l’entrepôt n°3, un ancien entrepôt de tabac et une ancienne école grecque un peu en dehors du centre, se relient par des artistes qui exposent dans les trois lieux – et par l’approche brechtien, qui veille comme un esprit sur l’ensemble de la Biennale. L’entrée à 5 euros et un guide de presque 300 pages pour 1 euro ouvre certainement la porte à un large public et surtout local - même si cela reste cher pour des salaires à 200 euros par mois. Et il y a un public très mélangé, des groupes de touristes culturels de tous âges, mais surtout aussi des jeunes gens locaux qui planchent avec intérêt sur ce miroir polito-socio-économico à travers les lunettes artistiques ! Le 8 novembre, la Biennale ferme ses portes et on peut être curieux de la prochaine édition et de son équipe curatoriale.


 
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