OUVERTURES — DÉC. 2009 / JANVIER 2010
High art by Patricia Low — Genève
Sophia Bulliard, 8 décembre 2009

Une nouvelle galerie a ouvert ses portes rue de l’Arquebuse : le 17 septembre dernier eut lieu le premier vernissage, comme il se doit dans le quartier, lors de la traditionnelle Nuit des Bains. Elle affiche cette mystérieuse inscription sur sa devanture : Patricia Low, Gstaad / Geneva, digne d’une multinationale ou d’un jumelage entre villes.

Après ce premier vernissage, où l’on a pu voir des Sécuritas qui surveillaient des champignons de Sylvie Fleury ou des papillons de Damien Hirst, les rumeurs allaient bon train : ces pièces si onéreuses, ces grands noms de l’art contemporain, ce luxe gardé par des cerbères, y avait-il du Johnny ou du Polanski derrière tout ça ? Sur des charbons ardents, j’ai pris contact avec Patricia Low et Jason Cori, le directeur de la galerie à Genève.

Du haut de ses 29 ans, veste et chemise sans cravate et le sourire Ultrabrite, Jason Cori a une vie déjà bien remplie. Né à Marseille, il étudie le droit, puis travaille avec son père, expert d’art d’Extrême-Orient. Il part ensuite à Londres pour une année en master d’art asiatique au British Museum ; on le retrouve assistant à la galerie Guy Pieters à Saint-Paul-de-Vence. Il a une révélation devant des Fischli & Weiss. C’est donc l’art contemporain qu’il choisit, et il devient l’assistant de Patricia Low à Gstaad en 2007. Il est son associé pour cette «succursale»* à Genève, dont il est aussi le directeur.

C’est en 2005 que Patricia Low, à l’âge de 28 ans, ouvre la galerie à son nom à Gstaad. Elle y a passé une partie de sa jeunesse, avec Paris. Hongroise par sa mère et canadienne par son père, issue d’une famille de collectionneurs, elle a vécu à Londres où elle travaille dans une fameuse galerie, à Paris où elle travaille dans une grande maison de ventes, à Tokyo et à New York, où elle passe son master d’histoire de l’art. Elle retourne à Gstaad où réside sa famille.

Elle ouvre donc sa galerie d’art contemporain, la seule dans la bourgade, ce qui lui assure un rapide succès. Sa galerie présente des artistes d’ «avant-garde berlinoise»**, déjà renommés, tels que Jonatan Meese (qui a produit une performance récemment à la Tate), Thomas Zipp, Anselm Reyle, André Butzer. Des photographes allemands, comme Axel Hütte et Katarina Sieverding. Des artistes anglais, américains et scandinaves, plutôt confirmés, comme Bjarne Melgaard. «Il faut avoir les bons artistes pour ouvrir une galerie ; quand on a les artistes, on a les clients»**. Sa clientèle est internationale, souvent de la nationalité de "ses" artistes. Artistes scandinaves, clients scandinaves. Un musée australien l’a même approchée pour l’acquisition d’une pièce.

On lui reproche d’être occidentocentrée, on lui parle de la vitalité des artistes chinois ; mais elle «s’intéresse aux artistes occidentaux parce qu’elle parle leur langue, elle peut les rencontrer, les inviter à dîner, les côtoyer»**.
Dans cette optique, elle ouvre en 2007 la Maison Jaune, une résidence d’artistes dans un chalet à Gstaad. Elle lance un concours, et reçoit des milliers de dossiers. En effet, les résidences d’artistes sont fort rares en Suisse, et sont octroyées généralement à des artistes plus que confirmés. D’où l’appel d’air et le débordement. Pour les autres sessions, la formule change : certains artistes sont invités à une résidence sur une durée de quatre à six semaines. «Discuter avec les artistes, pouvoir les fréquenter est un privilège»**.
La résidence était gérée par Jason Cori ; lui à Genève depuis septembre, Patricia a abandonné le projet de la résidence car «trop compliqué»** ; il lui fallait «être la maman de tous ces artistes»**. Cette résidence était aussi un gouffre financier, la production artistique de ces résidences n’étant pas à visée commerciale.

Mais la vie et le va-et-vient à Gstaad est tributaire des saisons. Patricia Low lorgne ailleurs pour étendre sa visibilité. Difficile à Zürich, «la Mecque de l’art contemporain»*, d’ouvrir une «plate-forme»* ; pourquoi pas à Genève l’internationale ? C’est en se promenant que Patricia et Jason ont trouvé par hasard le local idéal, à l’angle de la rue de la Synagogue et de la rue de l’Arquebuse à Genève. Ils ont pensé de suite que cet espace séduirait les artistes, avec ses trois pans vitrés.

Le «show»* d’ouverture intitulé "Pop my cherry" se voulait orienté Pop Art et consorts (l’héritage du Pop Art) pour «marquer le coup»*, avec des grosses pointures internationales : Murakami, Goldin ; des stars du Pop Art : Oldenburg, Indiana ; des stars locales : Armleder, Fleury. Les pièces de ces artistes historiques sont issues en partie du second marché (les pièces sont prêtées par des collectionneurs et sont à vendre), le premier marché désignant la production directe des artistes.

Le ton est donné : la galerie de Genève fera notamment du second marché, et exposera aussi des artistes de la galerie de Gstaad (la prochaine expo programme John Bauer en janvier 2010), ainsi que de nouveaux artistes issus de la scène internationale. Mais Jason Cori espère bien qu’il pourra «évoluer et trouver "ses" artistes»*. Il avoue que le terme l’énerve dans la bouche d’autres personnes, mais la tâche est excitante : trouver ses artistes «comme le chineur trouve la perle rare au marché aux puces»*.

La galerie souhaite participer dans le futur aux différents événements du Quartier des Bains ; espérons qu’elle nous réserve de bonnes surprises pour l’année à venir !

* dixit Jason Cori
** dixit Patricia Low

GALERIE PATRICIA LOW
10, rue de l'Arquebuse
CH - 1204 Genève
Ma-Sa: 10-17.00 et sur RDV
T. +41 (0)22 328 12 50
http://www.patricialow.com


 
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