CARRIÈRES — MARS 2009
Chronique de l’ONU (V) : fresque suisse au palais — GenèveSophia Bulliard, 10 mars 2009

Après la vive polémique suscitée par le financement de la fresque de Miquel Barcelo au siège de l’ONU à Genève, inaugurée en novembre dernier, la Suisse a décidé à son tour d’y aller de son cadeau : une œuvre de l’artiste centenaire lucernois Hans Erni. Il a en effet été pressenti par les autorités de la ville, Rémy Pagani en tête, pour réaliser une fresque qui recouvrira deux murs de béton situés dans l’allée principale du Palais des Nations.
Entre Hans Erni et les Nations Unies, c’est une longue histoire d’amour. En 1983, il reçoit la médaille de la paix de l’ONU ; en 1992, il dresse le portrait du secrétaire général Javier Pérez de Cuéllar, qui trône au siège de New York. En 2002, il expose au palais à l’occasion de l’adhésion de la Suisse à l’ONU et sera salué lors de l’inauguration par la conseillère fédérale de l’époque, Ruth Dreifruss, par un : « il n’est rien de plus suisse, en Suisse, que Hans Erni ». Il ne manquait qu’une touche finale pour marquer sa longue carrière et son centième anniversaire, outre la rétrospective que lui a consacré récemment la fondation Gianadda à Martigny.
Ce projet de double fresque, composée de milliers de catelles de céramique, coûtera la modique somme de 600 000 francs, co-financée par l’Etat, la Ville, la Loterie Romande et Migros. Une broutille comparée aux 20 millions d’euros qu’a coûté la fresque de Barcelo. Quant à la rémunération de l’artiste, Hans Erni, grand seigneur, déclarait dans la presse suisse qu’il ne voulait rien… Une leçon pour Miquel Barcelo, qui aurait touché quelques 6 millions d’euros ?
Cette tradition d’œuvres offertes par différents pays remonte à la création de l’ONU. Le pays donateur confie une mission de choix à des artistes, icônes officielles, et fait une démonstration très médiatisée et politiquement irréprochable de sa générosité, de son soutien à l’art, la culture, etc. C’est l’occasion rêvée d’exercer et de jouir d’un prestige de bon aloi, et aussi de se positionner habilement sur la scène internationale ; nobles dons s’il en est, avec certes, selon plusieurs sources, quelques arrières pensées : des "cadeaux diplomatiques" qui pourraient se traduire par de bonnes places dans le jeu des chaises musicales aux directions des différentes commissions onusiennes.