NYCTHÉMÈRE — Genève
Le 31 mai 2010
Dernièrement a eu lieu à Genève un événement remarquable, qui laisse des souvenirs tenaces dans les têtes des badauds culturels dont je fais partie : l’événement intitulé Nycthémère. Nycthémère, et non pas "Nique ta mère", désigne une tranche de 24 heures en grec ancien. Littéralement, pendant 24 heures, du 24 avril à 10 heures au 25 même heure, un parcours était proposé dans 22 espaces d’art indépendants de Genève. On peut même dire que tous ont participé, tous les lieux d’art alternatifs actuellement actifs : collectifs, structures, ateliers d’artistes. Il ne manquait plus que le Broom Social Club, réfugié dans la seule bâtisse vaillante d’Artamis.
Les lieux étaient regroupés par quartier, avec des tranches de quelques heures dans chacun d’eux. Cette nomenclature a facilité la rencontre des organisateurs de lieux proches géographiquement, qui n’ont pas pour habitude de faire des vernissages communs de type quartier des Bains.
À 10 heures le 24 avril commence donc cette sorte de marathon culturel, avec une performance de Yann Marussich à Ex-Machina : il se baigne dans du verre brisé, tel un fakir. Il paraît qu’il saignait peu. Plus tard, il y avait des tables et un atelier en plein air aux Libellules, à Châtelaine. Aussi, le collectif P4 avait investi un chantier pour une séance d’écoute splendide. Une autre séance d’écoute, plus tard, à Piano Nobile, de Murièle Begert. À minuit, il fallait être à tout prix au Vélodrome à la Jonction : un ring y était dressé, des démos de boxe, masculin et féminin, se sont succédées…
Le 25 avril au petit matin, je tombe sur le couple Stargazer, lunettes noires et pas trébuchants, perdus dans les tréfonds des Pâquis : ils cherchent les ateliers Fuel, là où clôt Nycthémère. Nous y allons ensemble. Aux ateliers Fuel, petit déjeuner : café, jus de fruits, brioche, confiture… Il y a là les gens qui n’ont pas dormi, qui étaient au concert des Falaises ; les jeunes familles avec des enfants, frais comme des gardons ; une bande de jeunes gens habillés de couleurs vives aux comportements étranges. Quelques personnes de Fuel ont réalisé une installation sublime, en carton, bois et lampe : un paysage de montagnes enneigées, avec une lampe mobile sur un arc de cercle, tel un soleil qui ne se couche jamais. Ambiance amicale, détendue : on se raconte son parcours, on se prend dans les bras. Les gestes sont lents et les sourires fendent les visages. À 10 heures, une accordéoniste schwyzoise pousse la chansonnette. Le soleil resplendit. On se sent bien.
Deux mois plus tard, le 22 mai, je suis à Nice où un événement similaire a lieu : Les visiteurs du soir, parcours libre dans une trentaine de lieux d’art, de 18h à minuit. Mais là, dites-moi si je me trompe, c’étaient Jean-Luc Verna et quelques autres qui avaient lancé l’idée dans les années 90 alors qu’ils étaient étudiants à la Villa Arson – un parcours dans des apparts, galeries, ateliers: accrochages, buffets, fêtes impromptues.
Ah, la Villa Arson ! Voir le formidable article de Julien Bouillon dans Daté de février 2010, "Question pour une championne".
www.nycthemere.ch
DATÉ est une association à but non-lucratif basée à Genève, en Suisse.
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