Droits d’accès. Pratiques artistiques et politiques d’accessibilité — Genève
Teresa Maranzano, le 8 décembre 2008

Poster une lettre, se rendre à la pharmacie, visiter un musée : ce qui, pour la plupart d’entre nous, n’est qu’une action banale, peut représenter un parcours à obstacles pour les personnes à mobilité réduite. Belier, Momo, Elissa, nous le signalent à travers le site zexe.net. Ils ont répondu à l’appel de l’artiste catalan Antoni Abad, dont le travail s’adresse depuis plusieurs années aux communautés marginalisées des sociétés urbaines. En créant des plate-formes multimédias, Antoni Abad leur permet de faire valoir leurs propres revendications.

Sous l’initiative du Département de la culture de la Ville de Genève et du Centre d’Art Contemporain, les émetteurs genevois ont photographié les barrières architecturales de différents lieux et quartiers au moyen de téléphones portables GPS, et ils ont contribué à dessiner sur le web une cartographie de la ville parsemée de dangers, escaliers, marches, déviations, impossibilités, incivilités, et quelques «bravo!», heureusement.

L’exposition « GENEVE*accessible », qui a eu lieu en mai 2008 au Centre d’Art Contemporain, se complète aujourd’hui par une publication : « zexe.net - une cartographie numérique du monde », avec les contributions de Katya García-Antón, Laura Györik Costas, Kim Sawchuk et Eugenio Tisseli, le graphisme de Dimitri Delcourt, les images réalisées par les émetteurs genevois et les dessins d’Alex Baumgartner.

Elle sera présentée au CAC le lundi 15 décembre à 17h en présence de Patrice Mugny, des curateurs, de l’artiste et des émetteurs.

Le but de cette démarche aura été l’implication directe des personnes à mobilité réduite dans les politiques d’aménagement de la ville. Mais le véritable enjeu du travail d’Antoni Abad consiste dans la création d’un groupe d’individus partageant le même sentiment de discrimination au sein de leur contexte social, et dans la possibilité de lui donner un moyen d’exprimer son orgueil identitaire, sa dignité, son mécontentement ou sa joie de vivre. Comme dans ses précédentes interventions (avec les chauffeurs de taxi à Mexico, les prostitués à Madrid ou les émigrés nicaraguayens au Costa Rica) la médiation de l’artiste a permis aux émetteurs genevois de se rencontrer, de se regrouper et de s’organiser, de s’emparer d’outils de communication très sophistiqués, et de poursuivre ainsi un travail de sensibilisation adressé non pas seulement aux acteurs politiques et aux visiteurs du musée, mais à tous les habitants de la ville.

Lorsque le droit d’accès aux lieux publics se conjugue avec le droit d’accès à l’expression, le vrai défi devient dès lors la suite de l’histoire : cette communauté réussira-t-elle à survivre et à faire entendre sa voix en dehors de tout cadre institutionnel et avec les moyens de bord ? Affaire à suivre.

Le projet d’Antoni Abad nous confirme par ailleurs l’intérêt actif du Centre d’Art Contemporain Genève, et de sa directrice Katya García-Antón en particulier, dans le rôle social de l’artiste. En février 08, le Centre avait déjà ouvert ses portes à une autre communauté de personnes à mobilité réduite : les artistes travaillant dans les ateliers multimédias du foyer Pinchat de la Fondation Clair Bois. Sous la régie de Microsillons, collectif d’artistes - médiateurs aujourd’hui stablement installé au CAC Genève, le groupe de Clair Bois avait investi les locaux du Centre pendant plusieurs mois, et il nous en avait livré une image saisissante au moyen de vidéos, photographies, textes et dessins présentés dans le cadre de l’exposition « Lieux communs ».

On peut louer le courage de l’institution de se soumettre au regard critique de ses usagers, mais après la prise de conscience, on attend toutefois des résultats concrets. Par exemple, une alternative à l’accueil du Centre situé au quatrième étage, où l’accès pour les personnes à mobilité réduite est rendu possible à travers un lourd monte-charge : charmante pièce d’archéologie industrielle, mais pas tout à fait idéal pour les déplacements en chaise roulante.

 
Référence : http://xn--dat-dma.es/objects/GENEVE/MEDIATION-CENTRE-ART-CONTEMPORAIN-ACCESSIBLE-ANTONI-ABAD/TERESA-MARANZANO/article-30.html
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