NOTES EN DÉRIVE — MARS/AVRIL 2010
Macadam online — Genève
Julien Maret
C’était fin de l’été 2005, j’arrivais à Genève et je traversais la plaine chaude et poussière comme Blaise Cendras avait traversé la révolution russe, avant de se retrouver ankylosé et mal barre au côté de Moravagine dans la forêt amazonienne, et m’était venu à l’esprit stagnant en perle sur le tarmac un petit poème à la sauce de ce Frédéric:
Boulevard Carl-Vogt
c’est là que j’ai débarqué
au 44
par un samedi après-midi de grande chaleur d’août
un studio qui a tout l’air d’une cabine
hublot et tangage
l’antenne de la TSR, mât du quartier, le grand mât, poupe aux vents – il y en a quatre
Place du Cirque
terrain vague, terre jaune et poussière
immense mer indienne
je la traverse quotidiennement
à pied, sur un passage goudronné
là brocante du mercredi, bibelots, frocs en tout genre, livres balancés pêle-mêle dans des cartons – sacs d’embruns
bout de banquise
où je m’assieds
Appartement 5 avenue de Carouge
les appartements du capitaine
vieil homme en défroque
salace et homme de droit
voix pointue et sèche
c’est là que je prends rendez-vous
chez mon ami Christian
barreau du homard
trempe-la-patte des dimanches
Etc., ceci pour introduire cet ami qui m’a présenté en catimini, pas très loin de la période sise plus haut, un certain Jean-Jacques Bonvin, long, sec et l’œil vif, qui avait ouvert, en sourdine et pour les rares amateurs, un site du nom de Coaltar, un site fait de textes étranges, déroulant le coaltar comme le goudron se répand, noir et gluant. Toujours est-il, que cet homme je ne l’ai plus jamais revu, Genève a des vertus de grandeur, bien que je gardais sa trace par les mouvements de son site, dont j’étais curieux.
J’attendais de voir.
Depuis fin 2008, trois ans auront passé, Coaltar existe toujours, des auteurs nouveaux renforcent les premiers heures du flambeau où un peu lire des textes de tout bord (Jérôme Meizoz, Alain Bagnoud, Marina Salzmann) et autour de figures marquantes de la littérature comme Malcolm Lowry, Fernando Pessoa, ou enfin Vital Bender.
Textes libres, rêveries, ballades et bitume, ce site soigné et sans ajout, éclairé d’images de l’esthète Alain Humerose, ouvre une voie, silencieuse et maison, d’une littérature du coin à l’horizon, tandis que cirage !
Je cite : www.coaltar.net