La "chapelle de l'ONU" (IV) — Genève
Sophia Bulliard, le 9 décembre 2008

Barcelo pourra-t-il éteindre l’incendie ? Une information délicate a percé la semaine dernière (les 3 et 4 décembre derniers) sur deux sites (droitshumains-geneve.info et rue89.com), à propos de l’œuvre réalisée récemment par l’artiste Miquel Barcelo sur la coupole de la fameuse salle XX du Palais des Nations à l’ONU, fraîchement inaugurée le 18 novembre dernier.
On parle d’effondrement, d’effritement de la « fresque grandiose », un fait formellement démenti par le service d’information de l’ONU... Info ou intox ?


Polémique
On sait que la polémique fait rage en Espagne au sujet du financement de l’œuvre : en effet, les travaux de la salle XX, rebaptisée « salle des Droits de l’Homme et de l’Alliance des Civilisations » ont coûté quelques 20 millions d’euros ; des entreprises espagnoles ont financé le projet à hauteur de 60%, le reste étant couvert par le budget du ministère des Affaires étrangères, dont 500 000 euros "piochés" dans une enveloppe d’aide au développement. Dans un contexte de crise économique et de sévère récession en Espagne, on peut en effet légitimement s’interroger, avec Antonio Muñoz Molina dans son article « Sous la coupole » paru le 29 novembre dernier dans le journal espagnol El Pais, sur le bien-fondé d’une telle dépense, digne des jardins de Bagatelle. Quant à la rétribution de Barcelo, on parle de 6 millions d’euros. Silence de l’artiste à ce sujet : parler finances, serait-ce trop trivial, ou parfaitement tabou? Ou l’épouvantail de la finance permet-il d’éviter d’autres questions ?

Sécurité
Un tel incident, s’il venait à se vérifier, soulèverait de multiples questions, ayant trait tant à la sécurité de l’ouvrage, qu’au rôle des différents acteurs qu’il implique. Pour revenir à des questions purement techniques, rappelons quelques règles inévitables liées aux normes de sécurité basiques de salles accueillant du public. Celles-ci doivent répondre aux exigences des normes M zéro au niveau européen : risque zéro au niveau des consignes du feu, matériaux ininflammables et parfaitement ignifuges, c’est-à-dire que seuls sont autorisés des matériaux tels que le plâtre, le ciment, la gouache et autres. La norme M zéro fait l’objet d’inspections très strictes, très sévères ; les inspecteurs, accompagnés de représentants de l’état, regardent tout, partout. Au niveau suisse, des règles également draconiennes existent quant à la combustibilité, les dégagements de fumée, les dégagements toxiques. Certes, l’ONU est considérée comme territoire international (ce n’est ni l’Europe, ni la Suisse). Compte tenu des dispositifs de vigilance, on peut imaginer que les normes considérées comme valables dans son enceinte sont les plus drastiques possibles. On aurait tort d’imaginer que les services de sécurité, la police du feu de l’ONU, n’aient pas fait consciencieusement leur travail et n’aient pas respecté les normes les plus strictes.

Responsabilité
Daté.es a rencontré différents collaborateurs du chantier : des artisans et des fournisseurs qui ont travaillé sur le projet à différents stades. Certains s’inquiètent de la part de responsabilité qu’ils pourraient endosser dans le cas d’un éventuel accident ou sinistre. Ils s’en sont dégagés : ils ont en effet vendu leurs compétences, et assumé leur part de travail à un certain stade du projet, sans garantir de la totalité de l’ouvrage. Les plus alarmistes s’attendent à devoir témoigner devant un juge sous peu.
Mais qui sont les véritables responsables de l’œuvre ? Le cabinet d’architecte suisse, qui a construit la coupole et supervisé le chantier ? La fondation ONUart, qui a financé le projet ? La mission d’Espagne, le gouvernement espagnol, voire la couronne d’Espagne ? Le responsable du chantier désigné par l’artiste ? Ou Miquel Barcelo lui-même ? Selon une source proche du chantier, celui-ci se serait déclaré entièrement responsable des choix techniques.
D’autre part, qu’en est-il de l’entretien et de la restauration éventuelle de l’œuvre sur le long terme? Seront-ils à la charge de l’ONU ?

La polémique gronde en Espagne : Miquel Barcelo, peintre pompier du XXIème siècle, pourra-t-il éteindre cet incendie ?

 
Référence : http://xn--dat-dma.es/objects/GENEVE/DOSSIER/MIQUEL-BARCELO-ONU-IV/SOPHIA-BULLIARD/article-23.html
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