MARS/AVRIL 2010
SOMMAIRE




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DE L'ART EN VITRINE
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WHITNEY BIENNALE
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CORPORATE EVERYTHING
MÉTAMKINE À FMX
ACCROCHAGE VAUD 2010

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ENSEIGNES — MARS/AVRIL 2010


Corporate Everything
— Fribourg
Benoît Billotte et Lauro Foletti, 8 avril 2010

Le monde de l'entreprise, avec tout ce qui lui est assimilé et tout ce qui en découle, dessine un champ élargi qui fait désormais partie intégrante de notre vie et de nos modes de pensée.

Avec Corporate Everything et non everything corporate, société qui propose un panel de produits dérivés à l'effigie d'une entreprise, il est difficile de délimiter précisément le champ d'investigation de l'exposition présentée à Fri Art. Ce qui est sûr c'est qu'on parle du monde du travail et de la réappropriation du langage de l'entreprise par les artistes.

Il est clair, et ce n'est pas nouveau, que notre société se trouve désormais liée de manière inhérente et implicite au monde de l'entreprise. Soit par le fait de travailler pour l'une d'entre elle, soit en la faisant travailler. Plus remarquable encore, son fonctionnement, son langage se retrouvent dans nos comportements humains et collectifs. La culture de la performance, de la "pensée positive" et de la réussite est omniprésente ; un mode de pensée "corporate" s'est immiscé dans nos vies et mène petit à petit à une normalisation de nos comportements.

Les oeuvres présentées à Fri Art présentent l'artiste comme une figure inassimilable par l'économie, toujours un peu en brèche avec les modèles de production "corporate". Proche de la critique institutionnelle, mais pas tout à fait, cette exposition questionne la culture partagée de l'entreprise qui fait désormais partie de notre culture populaire. Dans une volonté non illustratrice, Corporate everything offre un regard sur le monde de l'entreprise et sur ses codes. Son vocabulaire fait l'objet d'une relecture de la part des différents artistes invités. Peut-être en résistance face à ces modèles, ou le jeu de mots devient à son tour une forme de résistance. Est-ce une relique de cette "malédiction romantique" ? Résistance, certes... mais ne nous y trompons pas, pas de dissidence.

On a plaisir à lire ou relire les Lettres de non-motivation de Julien Prévieux qui outre souligner le droit de refuser un travail, décortique les formulations des appels d'offre. Il met en avant une syntaxe et une terminologie de valorisation des compétences attendues et des tâches à mener pour le poste en question. Par exemple, le technicien territorial se meut chez lui en un poète du territoire qui offre une dérive paysagère.
Carey Young nous propose quant à elle une séance chez le psychiatre pour mieux reconnaître l'influence et la persistance de slogans promotionnels de grosses sociétés, souvent sponsors artistiques, dans notre inconscient ; Apple avec Think different, Ubs avec Un monde de différence ou You and us, Hewlett Packard avec La beauté vient de l'interieur. Par cette séance par procuration, l'artiste nous propose de nous défaire de ces présupposés créatifs et d'éviter les impressions trop corporate.

Tout en "arts visuels", Corporate Everything offre une grille de lecture sur le monde de l'entreprise. Elle ne cherche pas foncièrement à remettre en cause l'épanouissement que l'on peut y avoir mais davantage à observer les outils qu'elle met en oeuvre pour susciter notre implication et asseoir notre participation au sein de cette grande famille qu'est le travail. Evacuant complètement la partie processuelle de la création; il n'y a pas de place pour les socles historiques et théoriques volontairement absents du cadre de l'exposition, limitée à des auteurs singuliers, au détriment de travaux et de postures moins "culturellement correctes" - sous l'angle de l'industrie culturelle - comme les collectifs, les pièces activables, les performances. L'exposition donne, tant par la richesse de ce qui est présenté que par ses limites, l'envie d'en connaître plus.

Corporate everything ne semble pas vouloir faire oeuvre dans la réflexion sur le langage du travail. Elle ne joue ni la carte de l'archive artistique ni de l'étude théorique. Des omissions affirmées s'y rencontrent afin finalement de susciter notre prospection personnelle. Proche du terreau fertile, elle accueille notre curiosité pour la décupler et nous inciter à questionner cette culture populaire du travail. Proche elle-même de l'acte d'entreprise, elle interpelle notre regard pour mieux considérer non pas notre potentiel d'inventivité mais davantage nos possibilités à revendiquer l'obsolescence et à se démarquer de l'impasse d'une créativité codifiée.

A noter que Fri Art propose une visite de l'exposition aux entreprises fribourgeoises. Est-ce pour les aider à développer leur identité corporate? Chefs d'entreprises prenez rendez-vous.


FRI ART
Petites-Rames 22
CH - 1701 Fribourg
Me-Ve: 12-18.00; Sa-Di: 14-17.00; Je: nocturne et entrée libre, 18-20.00 + sur RV
T. +41(0)26 323 23 51
http://www.fri-art.ch


 
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