L'ENFER
Salar Shahna, décembre 2009
Un documentaire sur un film avorté, cela vous rappelle quelque chose ? Moi, j’ai tout de suite pensé à Lost in La Mancha de Keith Fulton et Louis Pepe sorti en 2002, qui nous relatait le tournage du Don Quichotte de Terry Gilliam qui n’a jamais pu arriver au bout de son film. Un documentaire brillant et jouissif sur un tournage catastrophe et un réalisateur confirmé perdu dans les méandres de son imagination.
Aujourd’hui arrive sur nos écrans L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, projeté en sélection officielle hors compétition lors du dernier Festival de Cannes. Je ne m’étalerai pas sur les choix de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea en terme de narration et de montage, qu’il est parfaitement légitime de questionner. Avec un sujet aussi fort, il était difficile de ne pas réussir son coup.
Mais qu’y a-t-il de vraiment intéressant dans ce film ? En partie, certaines images qui sont vraiment magnifiques. Mais au-delà, le témoignage d’un brillant réalisateur de cinéma qui veut révolutionner son propre travail et projeter son long métrage dans le monde de l’art contemporain.
Le film traite de l’importance de la forme. Clouzot se livre à de nombreuses expérimentations pour essayer de reproduire les images qu’il a en tête, sa vision d’une forme de névrose, peut-être la pire : la jalousie.
La vision de ce film est essentielle pour tous les jeunes créateurs de films et particulièrement d’art vidéo. Ce que tente de faire Clouzot dans L’Enfer et qui nécessita tant de moyens et d’énergie, est désormais à la portée de tout utilisateur d’Adobe Premiere et After Effects. Nous avons ainsi cette grande chance d’avoir un vrai laboratoire d’expérimentations visuelles au bout de notre souris. Mais en conséquence, malgré la nécessité absolue d’atteindre une forme, celle-ci doit aujourd’hui plus que jamais répondre à une vraie démarche et faire sens.
A travers le XXème siècle, beaucoup d’artistes se sont brûlés les ailes et d’autres ont brillamment réussi pour nous apprendre cela.
L’immense Clouzot a voulu faire un cinéma qui n’était pas le sien sans réellement savoir ce qu’il voulait dire. Et pour ce faire, il s’est servi de tous les moyens disponibles à son époque pour essayer de faire quelque chose de radicalement nouveau. Les rushes que nous découvrons maintenant sont tour à tour criants de beauté, et parfois tristement ridicules.
Je me sens obligé de lui dire merci, à lui et à tous les autres.
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