CARRIÈRES — JUILLET/AOÛT 2010
Omniprésences — Genève
Josiane Guilloud-Cavat, juillet 2010LA POUPEE ALMA
Le premier jour, sans y penser, il avait pris la marionnette avec lui lors de ses ballades en bord de mer. Sosie étourdissant de celle qui avait été sa maîtresse, elle était le trait d’union silencieux avec une vie moins ordinaire. Maintenant que l’irrémédiable s’était produit, la toile était la mince frontière qui le séparait de la folie. Autrefois, le corps béant de son amie endormie lui avait évoqué un cadavre1 et il s’était surpris à la penser dans une urne.
Vu du ciel, son joli manège était risible.
- Ha…ha...ha ! dors maintenant, se disait-il. Cette farce nuptiale n’est pas pour toi. Je te suivais les yeux bandés comme ton inséparable étoile et me voilà célibataire, toi évaporée à Saint-Malo où à Venise.
Quelque fois sous l’emprise d’une hallucination il lui semblait voir cligner les yeux de son idole inanimée.Touche-moi, maintenant où jamais ! Et ce n’est que lorsque ses mains se perdaient dans la fourrure blanche de la poupée que son âme retrouvait un peu de légèreté.
Un an et 11 mois plus tard son empreinte commença à se dissiper. Comme si le diable qui mordait son cœur tel un léopard sa proie s’en était allé.
ALMA
La session d’été du Mamco est intitulée « Au verso des images » selon un titre emprunté à un livre de Michel Leiris et comporte 8 expositions et autres collections d’été. Au 1er étage se déploient dans un vaste espace une sélection de petits objets orphelins issus de la collection de l’institution et regroupés sous le nom de « Modèles, modèles ». Pour trouver une forme à la présentation de ces objets, le Mamco s’est basé sur la composition du tableau de Mondrian « Boogie boogie » pour positionner les neuf plateaux qui constituent les socles des œuvres. Sachant que ce tableau évoque le plan de la ville de Manhattan l’exposition serait vue du ciel comme un tableau abstrait virtuel que seul un oiseau pourrait percevoir dans son ensemble. Le visiteur se promènerait alors tel Godzilla à travers les œuvres. Cet ainsi que dans sa déambulation il se retrouve soudain confronté à une énigmatique vision. Sur un banc de Frank West s’étend lascive Alma de Denis Savary, créature mi-femme, mi-singe, dotée d’une épaisse fourrure blanche et d’un visage humain. Poupée à l’échelle 1 parmi une majorité d’œuvres miniatures, elle est la surprenante reproduction grotesque autant qu’imposante de la poupée qu’Oskar Kokoschka avait fait réaliser avant-guerre par une marionnettiste à l’effigie de Alma Mahler suite à leur rupture. A quelques mètres, faisant face à Alma, se trouve la maison de poupée que Denis Savary prend comme point de départ pour son exposition simultanée à la Villa Bernasconi.
LA VILLA
Une boîte faite en bois
sur les cendres
d’une boîte faite en bois.
La maison de poupées provient d’un magasin de jouets new yorkais où Robert Gober avait travaillé. Elle évoque des paysages à la Hopper, elle rappelle des films anciens et avec ses mêmes façades rouges, la villa Bernasconi. Avec Hélène Mariéthoz, co-commissaire de l’exposition, Denis Savary tisse alors dans les chambres de la villa le fil dramatique d’une histoire qui s’invente de pièces en pièces. Par un renversement d’échelles temporelles et spatiales à la Gober, La Villa devient le décor presque cinématographique des vues intérieures fantasmées de la maisonnette.
Il en découle une exposition dans laquelle le dedans/le dehors, l’ici/l’ailleurs sont renversés dans un dialogue imaginaire entre histoire de l’art, histoire réelle et histoire fantasmée selon qu’un détail amplifié révèle des présences jusque là imperceptibles. Le visiteur est ainsi immergé dans les dédales du cerveau de l’artiste à travers des dispositifs savants déployés sur les 3 étages de la villa. De cette narration enfantine, romantique et terrifiante se dégage une étrangeté dans laquelle les objets apparaissent comme l’infime part visible d’une vaste quête.
Un catalogue accompagne l’exposition, la précède et la complète. Ce livre présente des vues intérieures de la maison de poupée dans laquelle on déambule de chambre en chambre, véritable programme de l’exposition. Sommes-nous dans la villa ou dans la petite maison?
Mamco
Modèle, modèle<
- 1er étage
Yes I will, Yvan Salomon
Du 2 juin au 19 septembre 2010
10, rue des Vieux-Grenadiers
CH-1205 Genève
www.mamco.ch
Villa Bernasconi
La Villa
Du 29 mai au 4 juillet 2010
Route du Grand-Lancy 8
1212 Grand-Lancy
+41(0)22 794 73 03
www.villabernasconi.ch
Centre Pasquart
Le Narrenschift
Du 13 juin au 29 août 2010
Faubourg du Lac 71-73
CH-2502 Biel
www.pasquart.ch