EXPOSITIONS — JUILLET/AOÛT 2010
Palpitations irrégulières — Bâle
Josiane Guilloud-Cavat, juin 2010
Organisée par la Félix Gonzales-Torres Fondation à New York et Wiels à Bruxelles, une rétrospective itinérante des œuvres de Félix Gonzales-Torres est montrée à la Fondation Beyeler jusqu’au 29 août 2010. Intitulée "Specific object without specifics forms", elle se focalise plus particulièrement sur les infinies possibilités d’installation des œuvres de Félix Gonzales-Torres (1958-1997). Elle se base sur les solutions radicales qu’il proposait à la question de l’exposition, soit plutôt que l’archive, une réinterprétation constamment actualisée par des tiers.
L’exposition se déroule dans trois lieux d’art différents et plus singulièrement elle est à chaque fois installée par un commissaire différent. A mi-parcours, un artiste invité donne sa propre version en accrochant encore différemment les œuvres. C’est au total six expositions constituées des mêmes pièces qui se métamorphosent à l’infini dans l’espace.
A la Fondation Beyeler, l’exposition (dans l’exposition) comprend deux sections distinctes. Elena Filipovic qui la curate, montre au sous-sol les oeuvres dans une atmosphère lumineuse de recueillement, alors qu’au rez-de-chaussée très fréquenté, elle les fait dialoguer avec celles de la collection permanente d’art moderne, soulignant l’aspect innovateur et relationnel du travail de l’artiste.
Il faut imaginer, les bonbons en tas qui constituent les œuvres les plus emblématiques de Félix Gonzales-Torres joyeusement entourées d’enfants. La relation qui s’établit quand le visiteur réalise d’abord hésitant puis intéressé qu’un geste vers l’oeuvre est possible et que rien ne l’entrave. L’esprit de mimétisme qui s’empare de la personne qui en voit une autre déguster un bonbon. La grappe qui se forme autour d’Untitled (Portrait of Ross)* au risque de la faire disparaître… Nous sommes soudain bien au-delà des discrètes lignes noires au sol et autres barrières physiques et mentales qui tiennent usuellement à distance des œuvres.
Dans une pièce annexe, à travers le rideau de perles d’or pâle qui divise l’espace et qui constitue l’œuvre « Untitled » (Golden), se dessinent les silhouettes filiformes d’Alberto Giacometti et les chairs torturées de Francis Bacon. Pour poursuivre sa déambulation, le visiteur doit entrer en contact physique avec l’œuvre, traverser le rideau et ainsi activer son ondulation dans l’espace. Un peu plus loin, cotoyant Le nu jouant avec un chat en noir et blanc de Pablo Picasso, un podium carré de couleur bleu pâle et bordé de petites ampoules blanches attends. Chaque jour, à une heure incertaine un gogo boy en slip vient danser sur un son que lui seul perçoit. Outre la poésie de cette mise en scène incongrue ici, il y a aussi la proposition d’un autre mode de référence au corps particulièrement évocatrice dans ces espaces où tout fait référence à sa représentation.
Avec Throat, c’est la vulnérabilité de l’oeuvre d’art qui atteint son paroxysme. Constituée d’un mouchoir blanc carré brodé ayant appartenu au père de l’artiste sur lequel sont posé des bonbons pour la toux, elle semble minuscule en regard des immenses toiles de Pollock et de Newman auprès desquelles elle est présentée au sol. Sa charge émotionnelle et sa délicate présence physique dans l’espace sont d’autant plus intenses.
Fin juillet l’exposition sera ré-installée à la Fondation Beyeler par Carol Bove et poursuivra ensuite son chemin sous une autre forme au Musée d’Art Moderne de Francfort-sur-le-Main.
Specific Object without Specifics forms
Rétrospective itinérante de Félix Gonzales-Torres
Du 22 mai au 29 août 2010
Fondation Beyeler
Baselstrasse 101
CH-4125 Riehen/Bâle
* Ross est l’ami de Félix Gonzales-Torres mort des suites du sida en 1993 et qui a imprégné son œuvre. Chaque étape de leur relation (rencontre, connaissance de l’autre, vie commune, maladie, séparation et pour finir la mort) est racontée en sous-textes dans certaines oeuvres. Untitled (Portrait of Ross) est constituée d’un tas de bonbons équivalent au poids de Ross peu avant sa disparition. Les gardiens réapprovionnennent au fur et à mesure l’œuvre pour qu’elle conserve son poids.
Sources :
Esthétique relationnelle, Nicolas Bourriaud – Ed. Les Presses du réel
Félix Gonzales-Torres par Nancy Spector
Dans le cadre de l’exposition Felix Gonzalez-Torres à la Fondation Beyeler, du 7 au 20 juin et du 12 au 25 juillet, «Untitled» 1991 et «Untitled» (Ce n’est qu’une question de temps) 1992, seront présentés sur des panneaux d’affichage publics à Bâle, Berne, Genève, Lucerne, Saint-Gall et Zürich.