JUIN 2009
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BIENNALES & FESTIVALS — JUIN 2009

Le clou du spectacle — Bâle
Lauro Foletti, juin 2009

Le clou du spectacle,BâleA l’ombre d’un crucifix monumental, la quarantième édition d’Art Basel joue la prudence face à un contexte économique incertain. Figures historiques, peinture, manière : les fondamentaux prennent cette année davantage de place et prêtent leur épaule à une jeune scène plutôt discrète.

En 68, coups d’éclat : Dick Fosbury passe à Mexico la barre des 2 mètres 24 en planant sur le dos, les yeux rivés au ciel, comme suspendu, tandis que le Whitney ébranle New York en consacrant le travail de Donald Judd. En leur tirant un peu les cheveux, en 2009, Valentin Carron offre à la quarantième de Bâle son œuvre la plus verticale, et de loin la plus emblématique : Fosbury Flop, du nom de l’athlète, une croix géante et sans âge, sombre, culminant à plus de douze mètres, vigoureusement plantée au cœur de la foire. On en trouve de semblables en Valais, d’où vient l’artiste, comme dans tous les coins gagnés par la chrétienté, aussi bien aux croisements des chemins pour conjurer le démon qu’en haut des collines pour guider les fidèles.

Au-delà du clin d’œil fait au supermaché évangéliste de l’art, l’élégance austère de la pièce de Carron fonctionne ici comme une supplique inattendue au minimalisme, aux dogmes conceptuels et à l’histoire, tant religieuse qu’artistique. Elle renvoie d’emblée à d’autres âges : comme la peste réveille la foi, la morosité de l’économie pousserait-elle à un nouveau fondamentalisme, à une résurgence de valeurs-repères historiquement plus justifiées, commercialement plus sûres ?

C’est ce que semble indiquer, une fois passés les guichets d’Art Unlimited, la présence de véritables vestales comme Laurence Weiner ou Mel Bochner, légendes vivantes aujourd’hui influentes jusqu’au design graphique et au curatoriat. Hors du temps, ces figures semblent agir dans l’environnement de la foire aussi bien comme de puissants faire-valoirs, offrant un bonus prestigieux à une offre commerciale souvent redondante et parfois sans intérêt, que comme des guides incorruptibles et consolateurs en temps d’incertitudes.

Au niveau des formats, malgré les velléités plutôt oecuménistes de Simon Lamunière, curateur, la présence plus soutenue cette année de la peinture, tant en termes de quantité que de qualité, renforce le caractère prudent de cette édition. Entre un Sigmar Polke en pleine santé (qui décline de grands formats translucides, des Cloud Paintings dont il se dégage une impression irréelle et saisissante) et un Gabriele di Matteo ironique, qui fait dans la copie de peintures chinoises, les formats sont délicatement calibrés, préfèrent la nuance, le raffinement à l’envergure et à la frontalité. Exit donc le gigantisme des années précédentes, les immenses Gygi, Hirschhorn ou Büchel qu’avaient connus les halles en des heures plus fastes. Loin, le bling-bling d’un Pistoletto et d’une Rist, les caprices baroques, les scherzis et les tintamarres. Pas de grandiloquence : sobriété et mesure sont de mise cette année.

A la verticalité de la croix de Carron fait également écho, outre l’allusion aux « forces supérieures » du travail de Polke (le peintre communiquerait avec des esprits), la spiritualité de certaines propositions, déclinée de manière ludique (Oppenheimer), méditative (le paysage enneigé de de Beek et le magnifique cycle de vie de Hans-Peter Feldmann) ou encore relationnelle. A cet égard, mention spéciale pour le druide-artiste Willem Boshoff, confortablement installé dans le coin des peintures, dont la présence donne une nuance humaine, voire cocace aux abstractions altières de cette édition.

Peu de surprises du côté des Swiss Art Awards, exposés de l’autre côté de la place et plutôt portés cette année sur la vidéo. Entre Pauline Boudry, Adrien Missika, Guillaume Pilet et Marion Tampon-Lajarriette, seuls quatre romands ont été retenus par les bourses fédérales, pour des travaux déjà présents dans le cadre institutionnel et/ou commercial – le cas échéant aux galeries genevoises Skopia et Blancpain, au Centre d’Art Contemporain Genève et au Mamco. Rudy Decelière, Sébastien Mettraux, Valentina Pini et Simon Senn remportent quant à eux le prix Kiefer-Hablitzel « pour les moins de trente ans », certes moins doté mais significativement plus intéressant en termes de sens et d’ouvertures.

Enfin, temps fort et seule extravangance de cette édition-anniversaire, « Il Tempo del Postino », une superproduction signée Hans-Ulrich Obrist et Philippe Parreno, se joue à guichets fermés au Théâtre de Bâle. Modestement donnée pour le « premier opéra du monde créé par des artistes », cette « proposition expérimentale » façon « 3 Ténors » fait un pied de nez à la relative sobriété des halles d’exposition et porte sur scène une clique étourdissante d’interprètes, tous plus cotés les uns que les autres. Dérisoire surenchère : c’est sur les planches qu’on aura retrouvé cette année, comme s’il avait échappé à la vigilance des monteurs et roulé loin des cimaises, le clou du spectacle.

* Le druide Willem Boshoff à Bâle. Photo : Cheong Kwon


 
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